Jean Giono : corps et cosmétiques Appel à contribution - Journée d’étude

Organisateur : Alain Romestaing

Date limite d'envoi des propositions :

Date limite de l’appel : 15 janvier 2008

Journée organisée le 11 avril 2008 par Mireille Sacotte et Alain Romestaing

Contacts : Alain Romestaing

On peut relever dans l’œuvre de Jean Giono un parti pris pour le corps naturel : cela va d’un goût marqué pour la nudité et le déshabillage (Le Chant du monde, Deux cavaliers de l’orage) jusqu’à la présentation péjorative, inquiétante ou burlesque de l’usage des cosmétiques (Naissance de l’Odyssée, Jean le Bleu, Noé, Angelo), en passant par l’éloge du détachement par rapport à la tenue vestimentaire, celle-ci fût-elle au préalable choisie avec soin (Pour saluer Melville, Angelo). Giono commence par n’accorder qu’un piètre intérêt et une médiocre valeur à l’habillage (habillement et apprêt) de ses personnages, des paysans, des artisans, des pauvres souvent. Les corps dans leur sensualité, leur intensité, leur vérité, comptent davantage que les vêtements, parures, parfums et autres maquillages qui relèvent au mieux du détail symbolique ou social, au pire de la dénégation, de la tromperie, voire de la perversion : d’un côté le corps brut de Panturle avec « sur les os de la bonne chair épaisse » (I, 341), de l’autre le « beau ventre plié dans un gilet double, avec une chaîne de montre qui attache le tout » de M. Astruc ; d’une part Albin, « yeux d’eau claire » et « poitrine grosse comme deux » fois celle du narrateur (I, 222), d’autre part Louis le séducteur maléfique dont Albin aurait dû se méfier « parce qu’il se coiffait avec des accroche-cœur (…) et qu’il se foutait du parfum sur la gueule comme une femme de peu » (I, 223). On pensera encore à l’étrange épisode de Jean le Bleu où la simplicité du jeune narrateur se trouve confrontée aux minauderies d’une dame abandonnant dans son troublant sillage « une grosse tache de couleur rouge au bord » d’un verre (II, 118).

L’habit, la parure, les cosmétiques sont des marqueurs sociaux et à ce titre ils importent d’abord assez peu dans une œuvre qui s’est voulue au plus près de l’élémentaire. Les œuvres de transition et surtout Pour saluer Melville paraissent inverser la tendance. Hermann s’entiche d’un certain caban qui lui fait retrouver sa peau de marin, puis de la toilette d’Adelina White, de ses gants en peau de Suède à sa jupe à crinoline, laquelle, bien ajustée, a quand même le mérite de faire sentir « dessous toute l’existence de la chair » (III, 43). Bien d’autres considérations sur les jupes suivront dans l’œuvre et on ne cessera, de Pour saluer Melville aux Récits de la demi brigade en passant par le cycle du Hussard, dans les chroniques en général et particulièrement dans Noé, de parler amoureusement de bottes, redingotes, uniformes et autres moyens de paraître au mieux, ou d’être mieux, c’est-à-dire « en accord », les vestes de peaux de moutons fabriquées avec amour par Pauline dans Angelo renouant à leur manière et dans une certaine mesure avec celle de Zulma dans Que ma joie demeure (II, 673). Le caban d’Hermann, la veste de Bobi, la soubreveste polonaise et la toque en poils de loup du narrateur de « Noël », le chapeau, le pantalon housard et les croquenots à clous de Tringlot, etc. sont en partie tissés de la même étoffe mêlée à la chaleur des corps : il conviendrait de les détricoter un peu.

De même, les cosmétiques dissimulent ou révèlent, avilissent ou relèvent, selon le contexte. Les parfums, les fards, les huiles – Pénélope dans Naissance de l’Odyssée, première des « femmes peintes » ; la mère d’Odripano qui pousse le maquillage jusqu’à une effrayante craquelure dans Jean le Bleu ; Anna Clèves dont Angelo se demande « quelle sorte de plâtre » elle s’est mis sur la figure ; Adelina White « légèrement et très bien fardée » selon le goût d’Hermann, etc. – entrent aussi avec le corps, et notamment avec la peau, dans de subtiles dialectiques du naturel et de l’artifice, de la surface et de la profondeur, du sain et du malsain et jouent avec le désir, la vérité, le mensonge et le néant : si « les magnifiques redingotes de poult » (IV, 158) hantées par la vieille Pauline servent moins à paraître qu’à ne pas disparaître tout à fait, certains masques de porcelaine vont bien au-delà du souci de plaire.

On le voit : la matière est riche. Nous nous proposons donc de procéder en deux temps : sur l’axe des formes du naturel gionien qui irait de la peau à l’habillage, nous consacrerons d’abord une journée d’étude aux multiples usages et significations des cosmétiques dans l’œuvre de Giono (Jean Giono : corps et cosmétiques, le 11 avril 2008). Cette réflexion pourra être reprise et approfondie lors d’un colloque sur le corps et son habillage prévu pour le printemps 2009. Les deux manifestations auront lieu à l’Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris III. 

Les projets de communication (titre + une quinzaine de lignes) doivent être envoyés à Mireille Sacotte ou Alain Romestaing.