Sélima Kamoun

Doctorante Paris 3 (L’Esprit Nouveau en poésie)

Directeur Daniel Delbreil. Inscription en 2010.

Thèse : Paris dans l'oeuvre d'Apollinaire.

De tout temps les grandes capitales ont attiré les intellectuels du monde entier étant des lieux privilégiés de l’échange culturel et artistique. Au début du 20e siècle, la ville de Paris rayonne par son cosmopolitisme artistique ayant été le théâtre de révolutions artistiques majeures.

Le jeune Wilhem Apollinaris de Kostrowitsky, naît à Rome de mère polonaise et de père inconnu, arrive à Paris en 1899, à l’âge de 19 ans.Malgré son statut d’étranger et ses difficultés matérielles, il est tout de suite séduit par l’aura de la ville-lumières, terre d’accueil de tous les artistesfrançais et étrangers. La rencontre d’Apollinaire avec Paris est une rencontre déterminante dans la vie du poète, tant sur le plan intellectuel qu’existentiel.En effet, la fascination pour la capitale française se ressent à travers toute son œuvre où elle occupe une place centrale. Dès lors, la ville ne représente plus seulement un lieu de vie mais une source d’inspiration et d’écriture extrêmement féconde. C’est certainement là où réside l’intérêt de ce travail sur Paris dans l’œuvre d’Apollinaire d’autant plus qu’en occupant le double statut de signifiant et de signifié, la capitale française est tour à tour théâtre de l’action et personnage qui vit et agit dans l’imaginaire du poète.

Cette problématique du rapport de l’artiste à la ville peut être traitée de deux manières complémentaires :

  • A travers une approche socio-culturelle qui met l’accent sur Pariscomme lieu de vie propice à l’épanouissement du poète. En effet, les principaux pôles artistiques parisiens sont le point de rencontre de tous les artistes avant-gardistes qui s’y échangent et font circuler leurs idées etthéories. Apollinaire en profite pour se nourrir des travaux de ses amis peintres et poètes donnant naissance à des œuvres à la convergence de tous les arts. Il est d’ailleurs à la fois poète, romancier, épistolier, dramaturge, journaliste, chroniqueur et critique d’art. On peut dire qu’à l’instar de Paris, c’est un artiste carrefour sur le plan de l’histoire littéraire puisqu’il assimile d’une part, l’héritage culturel du 19e siècle et invente, d’autre part, des formes artistiques et poétiques inédites qui, à leur tour, s’inscrivent dans le patrimoine culturel français.
  • A travers une approche esthétique qui met l’accent sur Paris comme matériau d’écriture, Paris vu par Apollinaire en tant qu’expérience esthétique et existentielle. Au tournant du XXe siècle, la ville est l’emblème de la modernité artistique. On assiste alors à un délaissement du milieu naturel et bucolique au profit d’une célébration des paysages urbains. Comment écrire la ville et faire de l’espace urbain un objet d’art et de littérature ? C’est la question que pose le traitement poétique d’un objet d’apparence prosaïque.

L’héritage baudelairien se fait alors sentir sous le motif traditionnel de la déambulation à travers la ville en mutation. Cette flânerie représente alorsune source d’inspiration lyrique née des rencontres marquantes avec des lieux et des personnages éphémères. Ce retentissement de l’espace extérieur sur l’espace psychologique crée alors un décalage entre le Paris réel et le Paris onirique de la mémoire, des souvenirs, de l’expérience vécue, qui correspond à une vision du monde de l’intérieur. Dès lors, la déambulation dans la ville devient une errance à l’intérieur de soi, suivant une cartographie subjective,sentimentale qui lie des éléments extérieurs à des évènements intérieurs.D’autre part, cette promenade pédestre amène le poète à réfléchir sur le temps qui passe à travers la juxtaposition de l’ancien et du nouveau. Au rythme de la flânerie, ce dernier enregistre les transformations opérées sur la physionomie de la ville. Entre déclin et renouveau, la ville change de visage à un rythme vertigineux.

L’étude de cette théâtralisation de la ville mettra l’accent sur l’originalité d’Apollinaire en tant que moderne qui demeure néanmoins attaché au passé. En effet, tandis que certains poèmes d’Alcools et de Calligrammes font l’apologie du Paris moderne, Le Flâneur des deux rives ou le narrateur deLa Femme assise s’abandonnent à des rêveries romantiques sur les vestiges de la ville ancienne qui perd mélancoliquement de son pittoresque.