Arts du son et oralités

Même s’il rassemble un peu moins de chercheurs des deux équipes que les trois axes précédents, cet axe apparaît particulièrement original et prometteur.

Curieusement, prendre la dimension auditive des phénomènes comme objet de recherche est un geste pionnier. Le type d’étude correspondant à ce qu’on appelle dans le monde anglo-saxon les Sound Studies (la traduction n’est pas commode : difficile de faire aussi bref, aussi phoniquement parlant) est encore peu déve-loppé en France. On a même pu évoquer une occultation générale des phénomènes sonores et des pratiques d’écoute par les différentes disciplines des sciences humaines et sociales — la musique étant mise à part. Le silence s’est prolongé jusqu’à une période assez récente, où des historiens (Alain Corbin), des urbanistes éco-logistes (Jean-François Augoyard), des philosophes (Roberto Casati et Jérôme Dokic, Peter Szendy, Jean-Luc Nancy) ont entrepris de faire reconnaître l’auditif et l’aural (notion empruntée à l’anglais : l’ensemble des sons que perçoit l’oreille dans un contexte donné) comme des objets d’étude majeurs. Ainsi, les recherches d’ARIAS dans le champ des technologies et des pratiques audio peuvent être qualifiées de pionnières. Or elles trouvent dans l’équipe Ecritures de la modernité non leur pendant exact, mais des travaux qui, de diverses façons, touchent à la dimension sonore des pratiques sociales et des arts : tantôt la voix, le verbe, la matière phonique du langage, tantôt les bruits, les “soundscapes”, les “paysages sonores”. La culture scientifique réel-lement transdisciplinaire forgée à ARIAS durant plusieurs années de collaboration soutenue entre diverses dis-ciplines (anthropologie des techniques, acoustique, histoire, ethnologie, philosophie) et différentes langues (principalement français, anglais, allemand, russe), devrait s’enrichir au contact des travaux portés par les membres d’Ecritures de la modernité. Réciproquement, certains projets de l’équipe Ecritures pourront bénéfi-cier d’apports inédits dans le domaine du son. Trois domaines semblent pouvoir faire l’objet d’échanges et de collaborations : les dispositifs du son et de l’écoute ; la musique ; l’oralité.