Anne Garréta, clinamen Colloque

Organisateurs : Alain Schaffner, Cécile De Bary (université Paris Diderot)

Programme : Différences de potentiel : histoire, poétique et esthétique de l’Oulipo (ANR DifdePo)

Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle et Paris Diderot

Anne Garréta, clinamen.
Colloque international dans le cadre du séminaire « Formes, contraintes et potentialités », Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, UMR Thalim, Université Paris Diderot, EA Cerilac
15 et 16 novembre 2019
Responsables :
Cécile De Bary (université Paris Diderot) et Alain Schaffner (université Sorbonne Nouvelle Paris 3)
Présentation :
Anne Garréta, qui bénéficie déjà d’une grande reconnaissance critique, autant en France qu’en Amérique du Nord, occupe une posture singulière : elle est entrée à l’Oulipo, groupe où les femmes sont très minoritaires, avec une œuvre interrogeant le genre. Ces deux aspects se rencontrent dans un travail formel original, particulièrement élaboré, dans le domaine de la prose. On se propose de l’étudier en prenant pour point d’appui ce que les oulipiens nomment le clinamen : l’exception qui confirme la règle, ou selon une citation de Klee qu’affectionnait Perec « l’erreur dans le système ». À la fin de Pas un jour, la narratrice remarque ainsi : « Et bien entendu, infoutue tu fus de respecter les règles que tu t’étais prescrites à l’origine de ce projet. Ce n’est plus même clinamen, c’est déflexion maximale… » Cette propension semble généralisable à l’œuvre, au-delà de ce seul livre.
Ainsi, Anne Garréta, qui s’est dite « en révolte à l’endroit des formes courantes de la fiction » (dans un entretien avec Mathieu Lindon), porte ce conflit au sein de son œuvre, en fait l’enjeu de la réception, mettant en crise la narration ou le récit, via les réécritures, les emboîtements narratifs ou la problématisation de l’instance narrative. La narration ne raconte pas exhaustivement, elle se construit à partir des genres reçus, et contre eux : roman d’amour, roman d’apprentissage ou autofiction. Le roman formaliste se fait fiction critique.
De ce fait, l’ouvrage qui emblématise son usage de la contrainte, Sphinx, son premier roman publié, s’inspire de Monique Wittig autant que de La Disparition. Et sa genèse diffère de celle des œuvres contraintes canoniques (du moins selon le discours canonique à leur propos) : le choix formel n’est pas chez elle un a priori, ni d’un arbitraire revendiqué. Il vise un effet spécifique : produire une indécidabilité de la lecture, concernant le genre des protagonistes. Il en résulte un travail d’écriture exigeant, poursuivi dans ses autres romans.
Or Anne Garréta a porté au sein de l’Oulipo des positions proches de celles du fondateur François Le Lionnais, qui privilégiait l’invention de formes par rapport au détail de l’écriture, en vertu d’une vision programmatique de la contrainte, et en faveur des expérimentations informatiques. C’est peut-être cette vision qui l’a conduite à adopter une « contrainte procédurale », ou un protocole, dans Pas un jour. En tête de cet ouvrage, elle déclare qu’elle composera : « Les phrases comme elles viendront, sans les comploter. » Ce n’est pas l’impression que donne la lecture de l’ouvrage, et cela ne l’empêche pas de revendiquer, par ailleurs, une attention aux formes syntaxiques. Celle-ci s’accompagne d’une inscription dans une langue classique et une littérature patrimoniale, en contraste avec un cadre référentiel résolument contemporain. Chaque ouvrage réinterroge ces choix et reprend ces paradoxes d’une manière spécifique, ainsi du récent Dans l’béton, dont la ruralité et l’oralité sont autrement datées.
Tous ces aspects pourront être interrogés au cours de ce colloque, en particulier les
points suivants :
– rôle et usage des contraintes
ethos et genre
– l’engagement formel
– personnage et diégèse fictionnelle
– fiction et genres littéraires
– intertextualité
– style et phrase

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