Blaise Cendrars « en correspondances » Journée d’étude

Organisateurs : Marie-Paule Berranger, Christine Le Quellec Cottier

Sorbonne Nouvelle - PARIS 3 (CENSIER)
13 rue de Santeuil
75005 PARIS
SALLE 410

Dans le cadre d’une série de journées d’étude consacrées à l’édition des correspondances des poètes des avant-gardes du XXe siècle, notre première rencontre s’organise autour des correspondances de Blaise Cendrars, avec une contextualisation élargie à ses grands contemporains, amis et rivaux, Apollinaire, Le Corbusier et Cocteau. A l’heure de l’ouverture des archives de nombreux écrivains du XXème siècle, de la numérisation des correspondances et de la mise en ligne de certaines d’entre elles, nul doute qu’une réflexion sur les méthodes et la déontologie ne soit nécessaire. Il s’agira de mettre en évidence les questions théoriques, méthodologiques, morales, idéologiques, voire juridiques que soulève l’édition des correspondances, et les problèmes plus spécifiques liés à chaque auteur. Au-delà, ce sont les solutions proposées et l’expérience de chaque chercheur-éditeur que nous souhaitons mettre en commun, ainsi que les modalités d’échange et les effets du dialogue des artistes à une époque donnée.
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Cendrars (1887-1961) a toujours fait partie de ceux qui jouent de leur image publique, se fabriquant une identité au gré des années qui passent. La figure du bourlingueur, aventurier et raconteur d’histoires qu’il s’est construite a sans doute longtemps dissimulé la densité de sa poésie et de sa prose, œuvre majeure de la modernité poétique du XXe siècle. A l’heure où de multiples éditions et rééditions consacrent le caractère fondateur de ses textes, conforté par l’entrée de l’écrivain d’origine suisse dans la Bibliothèque de la Pléiade en 2013, il importe de découvrir un « autre Cendrars », plus intime et détaché de la représentation publique.

La publication régulière de ses correspondances, grâce à la création de la collection « Cendrars en toutes lettres » lancée en 2013 à Genève par les Editions Zoé, permet d’envisager un autre visage de l’écrivain, en situation de confidence et d’amitié. Cendrars évoque sa situation personnelle, le travail en cours, ses intentions d’auteur : les correspondances éclairent l’œuvre d’un jour nouveau, permettent de saisir la « fabrique du texte », de situer l’écrivain au cœur de son temps, en lien avec divers milieux, de le voir complice ou non avec d’autres artistes. Formidablement loyal et fidèle, généreux mais très franc aussi, ses propos peuvent avoir une tonalité brutale : il dit ce qu’il pense, demande ce qu’il veut, toujours en contact direct avec le réel âpre de la vie et des relations humaines.
Les différents aspects de Blaise Cendrars se font jour. Ce n’est donc plus seulement l’homme aventurier, flambeur ou conteur qui détestait parler de littérature « parce qu’un homme de lettre pourrait manquer la vraie vie », mais aussi l’homme avec ses noirceurs et ses faiblesses, ses découragements et ses misères, à la recherche d’une liberté, d’une simplicité, d’un rapport authentique avec lui-même et les autres, d’un lien brut à la vie et au travail, parfois douloureux, toujours intense. A la lecture des lettres, le lecteur prend conscience également d’un rapport obsessionnel au travail, bien qu’il le vilipende souvent : il est proprement habité par l’écriture, rongé par elle.
La réflexion sur ces correspondances privées, adressées à des correspondants très divers et dont les courriers ont été très souvent détruits par Cendrars, leur contextualisation, grâce aux chercheurs qui ont travaillé sur les lettres d’autres grands contemporains permettra de se demander quel rôle joue une correspondance quant à la lecture de l’œuvre, quant à la réception de l’écrivain : l’éditeur doit-il tout publier ? Qui sont les lecteurs de correspondances ? Comment rendre lisibles ces échanges souvent chargés d’allusions et d’implicites – notamment quand on n’a pas en main une « correspondance croisée » ? Par quels moyens conserver l’émotion attachée à la graphie, aux supports ? Quel statut accorder à la lettre parmi les « péritextes » de l’œuvre ? Ce ne sont là que quelques-unes des questions que les participants nous aideront à affronter.

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