Les contours du rêve Colloque

Organisateurs : Marie Bonnot, Aude Leblond, Alain Schaffner

Université Sorbonne nouvelle – Paris 3 Centre Censier
Amphithéâtre D02 (Bâtiment D)
13 rue Santeuil, Paris 5e

« Le rêve fut d’abord un fait religieux. Le rêve-présage ; le rêve-inspiration ; le rêve-remords. Puis ce fut un fait philosophique. C’est enfin un fait tout court. »
Valéry, Cahiers

Qu’il soit présage, inspiration ou remords, le rêve ne ferait qu’offrir un accès à ce qui nous échappe – langage des dieux, expression du génie, pensées enfouies –, comme s’il ne valait que par ce qu’il permet d’entrevoir. Sortir de cette conception herméneutique pour envisager le rêve pour lui-même, comme un « fait tout court », ne va apparemment pas de soi. En effet, les différentes approches du rêve ont eu tendance à en faire l’instrument d’une réflexion portant in fine sur un autre objet. En philosophie, le rêve a pu permettre de penser la conscience, l’inconscient, la pluralité des mondes (du rêve de Descartes à l’incertitude de Caillois), ou encore la mémoire et l’oubli (Bergson), mais il semble toujours intervenir dans la réflexion comme pierre de touche. De leur côté, les psychologues et aliénistes du XIXe siècle, en collectionnant les productions oniriques dans les livres de rêves, l’ont utilisé comme un outil de comparaison et de distinction, qui leur permettait de penser l’hypnose (Delbœuf), l’hallucination (Hervey de Saint-Denys, Maury), le somnambulisme, la folie ou le délire, plutôt que la nature du rêve en elle-même. De même, en faisant du rêve l’expression codée d’un refoulement, la théorie freudienne a reconduit une approche herméneutique, où les rêves jouent le rôle de signes.

Quelle discipline, au fond, accepterait d’étudier le rêve sans en faire l’indice d’autre chose ? Comment se prendre tout à fait au sérieux quand on parle d’un objet aussi fuyant que le rêve ? Derrida posait en 2001 une distinction entre une philosophie « éveillée » qui refuserait de parler du rêve, sous peine de « trahir le sommeil », et un discours artistique qui prendrait le risque d’avancer « quelque chose comme une vérité du rêve, un sens et une raison du rêve qui mérite de ne pas sombrer dans la nuit du néant »1.

Il semble aujourd’hui que la notion de rêve subisse un éclatement dû à la multiplicité des disciplines qui s’en sont emparé et des discours de savoir forgés à son sujet, qu’ils appartiennent aux sciences de la psyché (psychanalyse, psychologie), du social (anthropologie, sociologie), de l’esthétique (histoire de l’art, interprétation littéraire), ou de la physiologie (neurosciences). Quel serait alors le dénominateur commun aux rêves des psychanalystes, des anthropologues, des neurophysiologistes et des artistes ? Qu’est-ce qui, au contraire, les distingue ? Est-ce que la science des rêves progresse, et dans quel sens ?

C’est en partant d’une définition du rêve à la fois stricte et empirique : l’expérience de la nuit, le rêve-songe, et en laissant de côté les acceptions plus métaphoriques du mot (rêve politique, rêve désir, rêve hésitation) que nous voudrions confronter les discours sur le rêve, issus de disciplines différentes, pour tenter de cerner ce que recouvre cette notion au début du XXIe siècle.

Marie Bonnot, Aude Leblond, Alain Schaffner

1. Jacques Derrida, Discours de réception du Prix Adorno à Francfort, septembre 2001,
<http://www.jacquesderrida.com.ar/fr...>