Survivre et revivre dans les lieux traumatisés Journée d’étude

Organisateurs : Elara Bertho, Alice Desquilbet , Xavier Garnier, Rym Khene, Myriam Suchet, collectif ZoneZadir

Programme : Pour une écopoétique postcoloniale

Saint Martin de Londres
Les Jardins du village
34380 Saint-Martin de Londres

Si la littérature évoque souvent des lieux défigurés ou dévastés dans lesquels il est devenu difficile ou impossible de vivre à la suite d’un événement qui y a laissé sa marque, nous voudrions observer des cas où elle permet de retrouver un sens du lieu, en dépit de la catastrophe. Les lieux de guerre hantés par la mémoire de massacres, les lieux contaminés, les lieux désertifiés, sont aussi des lieux en quête d’imaginaires et de poétiques susceptibles d’accompagner de nouvelles formes de vie ou manières de vivre. La dévastation des lieux de vie, qui les requalifie en “zones sinistrées” ou en “zones interdites”, ouvre une surface de projection paradoxalement susceptible de nourrir un élan utopique. Les lieux traumatisés ne sont nécessairement condamnés à la relégation ou à l’abandon nostalgiques, mais libèrent des zones projectives expérimentales où les utopies se forgent à l’épreuve du risque, à la fois forces de dénonciation et de proposition.

Aborder la question de l’habitation des lieux sous l’angle du trauma invite à tenir ensemble la singularité du lieu et la généralité de ce qui l’affecte (que ce soit un risque naturel ou technologique). Les poétiques des lieux traumatisés ont une vocation transculturelle qui nous intéressera ici. Les bombardiers, les pipelines ou les ouragans, détruisent les lieux en les traversant depuis l’horizon du monde, et, ce faisant, les mettent en résonance par le traumatisme qu’il leur inflige. Nous nous interrogerons sur les possibilités d’existence d’une “poétique de la relation” (ou de la résonance) traumatique.

Ces journées seront également être l’occasion de revisiter les théories du trauma d’un point de vue spatial. On s’interrogera par exemple sur la façon dont le lieu peut servir à projeter ou réparer un traumatisme personnel en l’extériorisant. Cette capacité des lieux à accueillir le trauma, soit pour le réactiver, soit pour le désactiver, ouvre une zone d’indécision et de recomposition qui intéresse les arts et la littérature. En aidant le sujet à se reconstruire, cette fonction thérapeutique des lieux ne suppose-t-elle pas des agencements locaux porteurs de nouveaux rapports au monde ? On s’intéressera aussi aux espaces éthiques et politiques où peuvent se réinventer la vie sociale et des manières de faire commun après le désastre. Nous nous demanderons comment la création et la pratique littéraires, qu’elles émanent de particuliers, d’associations ou d’États, peut réactiver des schèmes éthiques et politiques propices à la recréation du lien social dans les sociétés dévastées.

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