Une terre inconnue ? Les collaborations entre poètes et médecins (18e-21e s.) Journée d’étude

Organisateur : Laurence Guellec

Entrée libre

Siège de l’Université Paris Descartes
Foyer des professeurs
12, rue de l’École de Médecine
75006 Paris
Métros Odéon, Saint-Michel, RER Saint-Michel

La modernité s’est construite sur un divorce entre littérature et sciences, un « partage léonin » à partir duquel, au début du XIXe siècle, « la société se donne à la raison qui se livre aux sciences qui expulsent les cultures » (Michel Serres). L’une des victimes directes de ce procès en séparation fut la poésie scientifique, qui chantait la science en vers, et dont l’agonie semble consommée vers 1900 quand un manuel tranche : « Ce qui ne peut être littéraire, ne peut être poétique. - Par conséquent, la science, en tant que telle, demeure en dehors de la poésie. » Or le genre avait suscité des œuvres collaboratives qui déroutent aujourd’hui nos cadres de pensée : dans l’édition originale des Trois Règnes de la nature de Delille (1808), Cuvier et plusieurs autres savants prestigieux n’avaient pas dédaigné prendre leur plume pour fournir au poème une annotation scientifique minutieuse, en un livre qui constitue ainsi un texte à plusieurs mains, mêlant prose et vers. De tels exemples de collaboration effective restent fort peu documentés. Ils sont pourtant multiples, particulièrement en médecine, science traditionnellement proche de la littérature.

André Spire suit les travaux de physiologie menés au laboratoire de phonétique du Collège de France pour élaborer sa théorie du vers et publier Plaisir poétique, plaisir musculaire. Michaux teste sous le contrôle de médecins les effets de la mescaline. Le docteur Ferdière a revendiqué un rôle majeur dans les créations d’Artaud interné dans son service psychiatrique à Rodez et un biopoète comme Eduardo Kac travaille avec des généticiens pour créer ses œuvres hybrides. Mais si ces échanges ont accompagné la genèse des textes, le médecin a aussi pu être convoqué a posteriori par la critique ou la poétique, pour interpréter les textes à l’aune de son savoir, qu’il vienne éclairer des termes rares (comme René Hénane, exégète de Césaire), esquisser un diagnostic ou une analyse des textes en employant ses propres méthodes (qu’on songe aux pathologies d’un Nordau), ou jouer, comme le médecin et homme de lettres Henri Mondor, un rôle de passeur. De leur côté, les poètes ont mis leur talent au service de la diffusion des sciences et des techniques médicales, répondant à des commandes ou engageant par eux-mêmes l’éloge de la vaccination ou de Pasteur, et cette liste est loin d’être exhaustive.

Cette journée d’études souhaite attirer l’attention de spécialistes de littérature et d’histoire des sciences et de la médecine sur les difficultés que posent de telles collaborations. Là où les études des représentations littéraires de la médecine abondent, comment expliquer le faible repérage et la rareté des sources disponibles sur ces échanges actifs ? Quelles sont leurs modalités ? Où chercher des documents pour mieux comprendre leurs enjeux et leur dynamique ? À partir de quelle posture disciplinaire, ou interdisciplinaire, aborder ces phénomènes de réseau, qui engagent des problématiques liées tout à la fois à la sociabilité et à la cartographie des pratiques culturelles ?

Organisation

  • Guy Cobolet (Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine et d’Ontologie, Paris)
  • Laurence Guellec (EA 4400 « Ecriture de la modernité », Paris Descartes-IUF)
  • Hugues Marchal (EA 4400 « Ecriture de la modernité », Paris 3).

Contacts : Laurence Guellec

Cette manifestation organisée conjointement par l’Université de la Sorbonne nouvelle (EA 4400), l’Université Paris-Descartes et la Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine s’inscrit dans le projet ANR Euterpe : la poésie scientifique en France de 1792 à 1939, soutenu par l’ANR : http://wpc4004.amenworld.com/tikiwiki-2.0/tiki-index.php

Programme

14h00 - Laurence Guellec (Université Paris-Descartes, projet Euterpe)

Remerciements

14h05 - Hugues Marchal (Université de Paris 3-Sorbonne nouvelle, projet Euterpe)

Vestiges et points aveugles

Première partie (présidence : Guy Cobolet, BIUM)

14h20 - Jean-François Minot (Musée de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris)

Marceline Desbordes-Valmore et le Docteur Alibert.

14h40 - Alexandre Wenger (Université de Genève, projet Euterpe)

De la belle poésie à la publicité médicale. Syphilis (1851) de Barthélémy et Giraudeau de Saint-Gervais.

15h00 - Julie Cheminaud (Université de Paris 4-Sorbonne)

Du rapprochement des discours médicaux et poétiques au 19e siècle.

15h20 - Discussion et pause

Deuxième partie (présidence : Laurence Guellec)

16h00 - Jean-Jacques Lefrère (INTS)

Une lecture médicale de Rimbaud : le débat sur l’audition colorée

16h20 - Fanny Bougenies (Université de Valenciennes)

Paul Verlaine et les médecins "compagnons" : du (mi)lieu hospitalier à l’arche sémantique.

16h40 - Cécile Leblanc (Université de Paris 3-Sorbonne nouvelle, projet Euterpe)

L’exemple du fonds Henri Mondor de la Bibliothèque Jacques Doucet.

17h00 - Eugénie Morin (Université de Paris 4-Sorbonne et Poitiers)

Physiologie du mal et santé du malheur : René Char, préfacier d’un Petit dictionnaire portatif de santé.

17h20 - Discussion

17h50 - Conclusion (Laurence Guellec). Fin des débats