L’identité et la différence folles. Jacques Derrida et Abdelkebir Khatibi : rencontre autour du "Monolinguisme de l’autre" Littératures et théories postcoloniales

Intervenant : Mireille Calle-Gruber

Communication de Mireille Calle-Gruber (CREF&G/LF) : "L’identité et la différence folles. Jacques Derrida et Abdelkebir Khatibi : rencontre autour du Monolinguisme de l’autre", dans le séminaire organisé par Laetitia Zecchini et Lise Guilhamon : "Littératures et théories postcoloniales".

D’un côté, Abdelkebir Khatibi, poète marocain, essayiste, universitaire en linguistique et sociologie, écrivant dans la langue arabe et dans la langue française, auteur notamment de La mémoire tatouée. Autobiographie d’un décolonisé ; Amour bilingue ; La langue de l’autre.

De l’autre côté, Jacques Derrida, philosophe français, né à Alger, se présentant comme « Juif “franco-maghrébin” », auteur entre autres du Monolinguisme de l’autre ou la prothèse d’origine, livre qu’il écrit en ‘discussion’ avec Khatibi, notamment avec La mémoire tatouée.

C’est Khatibi qui me donne les mots : « l’identité et la différence folles ». Et c’est bien dans le rapport aux langues que se jouent ces termes, c’est bien la langue qui fait question et qui questionne, différemment également, de chacun l’écriture. Le sens.

Tous deux s’accordent à reconnaître les possibilités – le potentiel – d’une folie de la langue. Folie duplice. Il y a la folie de la monolangue de l’autre qui impose sa loi – au colonisé, à l’immigré, à tout(e) subordonné(e). Il y a aussi folie de la langue lorsqu’elle est folle de poésie, porte le trouble dans la monolangue et dans les genres, fait de chaque vocable un talisman. Décolonise : les langues, les corps, les esprits.

On méditera sur les enjeux de la langue folle en suivant les déflagrations poétiques dans les récits de Khatibi, et les développements chez Derrida d’un texte philosophique hors-de-chez-soi (qui « parle une seule langue et ce n’est pas la [s]ienne »).

Où il sera question de tatouage, de parfum, de graphe. De violence. D’amadou et démence. D’inscriptions textuelles et sexuelles. Autant de façons de reprendre à nouveaux frais certaines formes de l’hospitalité.

Mireille Calle-Gruber