La ’Laisse’ de Françoise Sagan : prélude, fugue et variations Colloque international sur la figure du compositeur en littérature

Intervenant : Céline Hromadova

Université Paris-Sorbonne, salle J 636
Paris

Colloque organisé par Michela Landi (Université de Florence), Stéphane Lelièvre (Université Paris-Sorbonne – CRLC) Rosina Neginsky (Associate Professor of Interdisciplinary Studies, University of Illinois) et Marthe Segrestin (Université Paris-Sorbonne – CRLC)

Françoise Sagan fait preuve d’une authentique sensibilité artistique dans ses romans, et la musique en particulier y joue un rôle central, sous la forme d’un titre – Aimez-vous Brahms… – et de références à la musique classique ou au jazz, qu’elle définit comme une « insouciance accélérée ». L’auteur du roman Dans un mois, dans un an, vaste variation autour du topos proustien de la sonate de Vinteuil, place la figure du compositeur au cœur de La Laisse, roman de la maturité paru en 1989. Ce livre « abracadabrant et aventureux » est un des rares romans de Françoise Sagan à adopter le point de vue interne. Il raconte comment un pianiste s’épanouit grâce à la création musicale l’aidant à surmonter les affres du mariage. Le succès, après des années d’improductivité, lui permet de s’émanciper financièrement, et surtout de retrouver l’estime de soi qu’il avait perdue. La valeur métaphorique du titre signale le rôle central de la relation masochiste dans l’intrigue. Nous proposerons alors un développement sur le rôle cathartique de la musique dans ce texte qui prend la forme d’une fugue puis d’une marche funèbre à l’annonce du suicide final.

Le personnage de compositeur forme un contrepoint à la figure de l’écrivain, très présente dans l’œuvre de la romancière. Cette mise en abyme permet de compléter l’image que Sagan propose de la création artistique : les phases de création, entre impuissance et exaltation, sont assez similaires dans La Laisse à celles que l’on trouve par exemple dans Des Bleus à l’âme (1972) ou dans Le Miroir égaré (1996). Nous montrerons que la romancière cultive l’analogie entre musique et littérature en donnant des qualités littéraires au pianiste qui aime « flirter avec la langue française ». Ce « jeux de miroirs » entre auteur et compositeur acquiert une dimension autobiographique quand Vincent fait la satire de ses producteurs, dont la rapacité rappelle celle des éditeurs de la romancière. Nous verrons ainsi comment Vincent, à l’instar Françoise Sagan elle-même, prélude à la figure du « bobo ».

Le roman propose une réflexion générale sur l’art : Françoise Sagan met en scène un compositeur de variété et cite dans la même phrase Beethoven et Fats Waller . Elle cherche à faire tomber les barrières entre une musique élitiste et une musique plus populaire. Celle que l’on a surnommée « la Delly de l’époque » défend les mêmes positions démocratiques à propos du théâtre et, on le comprend, à propos de ses romans, d’une minceur jugée suspecte . Nous verrons que leur valeur réside, entre autres, dans son écriture, parfois qualifiée de « petite musique » en référence au rythme particulier de ses pages et au retour de leitmotivs comme l’infidélité, la solitude ou le suicide . Ainsi, la musique ne sert pas de pré-texte au roman La Laisse : elle a une part essentielle dans ce texte d’une ironie cruelle.

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