Assia Djebar, legs d’une “femme d’écriture” Le Monde des livres

Intervenant : Mireille Calle-Gruber

« Pas le blanc de l’oubli. De cet oubli-là : oubli de l’oubli même sous les mots des éloges publics, des hommages collectifs, des souvenirs mis en scène. Non : car tous ces mots, bruyants, déclamés, attendus, tout ce bruit les gêne, mes trois amis ; les empêche, j’en suis sûre, de nous revenir, de nous effleurer, de nous revivifier !
Je ne demande rien : seulement qu’ils nous hantent encore, qu’ils nous habitent. Mais dans quelle langue ? »

C’est ainsi qu’Assia Djebar chante la déploration de ses amis assassinés, à Alger, à Oran, en 1993, évoquant pour chacun leur dernier jour de vivant, elle qui, à l’enseigne de Dante, invente, dans Le Blanc de l’Algérie (Albin Michel, 1995), une langue des morts liée par la poésie, capable de donner aux absents leur voix d’aube et de « fragrante douceur ». Elle qui fait du thrène une lente procession littéraire aux accents de pleureuses antiques, sans rien céder cependant de la véhémence politique qui tient les mots au bord de la fureur.

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