A.G., Cahiers Armand Gatti Direction d’ouvrage - 2013

Catherine Brun, Olivier Neveux

La Parole errante, 2013, p. 382 p.. 〈http://www.armand-gatti.org/index.php?art=644〉

Résumé

Ce quatrième numéro de AG. Cahiers Armand Gatti est consacré aux « journalismes d’Armand Gatti ». Le choix d’une telle entrée peut intriguer. Et pourtant, Gatti le déclarait, dans ses entretiens avec Marc Kravetz : « Je dois beaucoup au journalisme ». Cette activité, il l’exercera plus d’une décennie une quinzaine d’années, dans l’immédiat après-guerre. Ce fut certes, tout d’abord, un « gagne pain » : il fallait travailler et vivre au sortir de la Résistance et une lettre de recommandation lui ouvrait grandes les portes du Parisien libéré. Mais ce ne fut pas que cela et, de chroniques judiciaires en grands reportages à travers le monde, à la découverte, entre autres, de la Sibérie, de l’Algérie, de l’Amérique latine, des « sans patrie », Gatti a beaucoup écrit et de façon tout à fait singulière, au pour Le Parisien Libéré, à France Observateur Libération, à L’Express, aux Les Lettres françaises, Esprit, etc. Le prix Albert Londres, en 1954, le consacre pour une série d’enquêtes : « Envoyé spécial dans la cage aux fauves », et rend sa signature prisée. Le recensement des textes publiés, parfois canularesques, le plus souvent profonds, dessine, en deçà et au-delà de cette consécration, le vaste spectre de ses terrains d’investigations : tribunaux, camps de réfugiés, bidonvilles, fractures d’un quotidien qui aurait pu être sans histoire(s) etc. Des centaines d’articles parus au total, dont nous publions, en épilogue, la bibliographie la plus exhaustive à ce jour – matière à travailler et à rêver. Ce numéro revient donc sur « les journalismes d’Armand Gatti ». Il fait le pari que ce continent de l’activité gattienne est partie prenante de l’œuvre même, qu’il appelle la lecture et l’examen critique. Il interroge, pour ce faire, les rapports biographiques de Gatti au journalisme, ses réserves et ses méfiances, ses enthousiasmes et ses adhésions et ce à travers les témoignages et études de deux de ses amis, Pierre Joffroy et Marc Kravetz, qui devaient l’un et l’autre incarner le « journalisme » dans la pièce que Gatti consacrera à la presse, en 1976, Le Joint. Mais il s’agit propose, aussi, de revenir à ses textes, de les lire, d’étudier le « Gatti journaliste », son écriture, et les enjeux qu’il se donne, : quelles solutions de continuité, quels passages de témoin, de cette immense production journalistique à l’œuvre qui s’amorce et se déploie parallèlement ? d’y percevoir (peut-être) les signes de son œuvre à venir — qu’il amorce d’ailleurs parallèlement à cette activité. Conséquemment, s’attacher à décrire les « journalismes de Gatti » suppose de ne pas arrêter la recherche aux seules années de son exercice et de s’intéresser à ce qui leur succède. En effet, qu’advient-il de ce langage dans les œuvres théâtrales ? Le journalisme, parfois, revient habiter l’aire de jeu : ainsi, par exemple, de la presse écrite avec sa pièce Le Joint (1976) ou, préalablement, de la télévision avec Rosa Collective (1971). Les espaces traversés inspirent son œuvre, du Guatemala à la Chine. Mais, plus encore, l’attention se porte sur l’écriture théâtrale et poétique elle-même dans ses processus d’enquête et d’inspiration tout autant que dans les formes qu’elle se donne : a-t-elle purement et simplement rompu avec le « langage journalistique » ? Ou comment l’a-t-elle intégré, incorporé, transformé ? Enfin, s’interroger sur la pluralité de la présence du journalisme, c’est, en outre et en retour, s’intéresser au monde journalistique dans les rapports qu’il tissera avec l’œuvre du dramaturge et, plus particulièrement, la critique dramatique. C’est au Guatemala que Gatti dit avoir fait le choix d’abandonner le journalisme, à l’assassinat de son jeune traducteur Felipe qui avait « une façon d’aborder le monde, de le déchiffrer de le dire, par tâches de couleur » : […] un toast me fut porté : "Au journaliste devenu guérillero ! " Toast qui fut applaudi avec de grands éclats de rire et à ce moment-là je levai le verre dans la direction de celui qui avait porté le toast, un journaliste américain, et je compris que même s’il y avait de la dérision dans ce qu’il avait dit, brusquement la dérision n’était plus d’aucun poids. De plus aucune substance. Je compris que ce toast était quelque chose de très grave, quelque chose de définitif. Et entre le langage de ceux qui envoyaient des messages sur la chute du gouvernement Arbenz et celui de l’enfant indien qui découvrait le monde par taches de couleur, il fallait faire un choix et un choix définitif et le choix fut fait . C’est donc au motif du combat et du langage que Gatti ferait le « choix définitif » de rompre avec le journalisme. C’est à l’échelle de ce choix que nous proposons de revenir à lui et d’en interroger l’exercice révolu mais aussi les perceptibles insistances.

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