Aujourd’hui on dit tout. Sur Ruine, d’Alain Spiess Chapitre d’ouvrage - 2015

Marie-Hélène Boblet

Marie-Hélène Boblet, « Aujourd’hui on dit tout. Sur Ruine, d’Alain Spiess  », in Du Tout. Tout, totalité, totalisation dans la littérature, 2015

Résumé

Aujourd’hui on dit tout Les baleines échouées de Luc-sur-mer, Sur Ruine, d’Alain Spiess Le cinquième roman d’Alain Spiess, Ruine, est un roman de conversations organisé autour du dialogue privilégié entre un certain Sebain et son invité, le narrateur, lors d’un déjeuner à l’Auberge de la Côte à Luc-sur-mer. Au fil des propos plus ou moins décousus, l’échange s’élabore sur une antithèse double tranchant : Aujourd’hui on dit tout alors qu’avant on ne disait rien 1. Si l’exhaustivité de la parole renvoie à l’heureuse explicitation des non-dits, à l’aveu libérateur auquel se livre Sebain, auteur de cette appréciation, elle signifie aussi l’impudeur indécente des commentaires qu’osent certains de ses voisins de table. Partager le temps du déjeuner à l’Auberge de la Côte à Luc-sur-mer, c’est pour le personnage qui le raconte comme pour le lecteur qui en lit le récit s’exposer à ce « tout » : à l’insoutenable mémoire de Sebain qui quémande le pardon dans un « extravagant sauve-qui-peut » (16) comme aux insupportables propos des sexistes, machistes et racistes impunément lancés à la cantonade. Le déjeuner de Ruine fait en effet se côtoyer des couples, collègues ou membres d’une famille dont la co-habitation ne pourrait guère se prolonger tant diffèrent leurs nationalité, langue, art de vivre, conception de la société et finalement vision du monde-dont la conversation est le signe et l’expression-. Un rituel convivial Le narrateur responsable du récit est l’invité de monsieur Sebain. Ils occupent la table principale de l’auberge, celle d’où l’on entend des éclats de toutes les conversations alentour. Elle sert de repère pour situer leur distribution dans l’espace : « derrière moi, une petite fille en robe blanche » (16) ; « à la table de gauche, une jeune femme blonde » et un homme à la mèche blanche (18) ; à droite le photographe à l’effroyable accent texan et à la chemise violette accompagné de ses modèles-un jeune garçon efféminé et trois jeunes femmes qu’il interpelle « mes chéries » (41)-, d’une vulgarité insensée mais moindre encore que celle des consommateurs encore plus à droite, l’homme au blazer bleu et son acolyte (43). Les indices spatiaux et des précisions sur les éléments corporels et vestimentaires (couleur des cheveux, de la chemise, du blazer) permettent d’identifier qui parle, se tait, écoute. Le déjeuner, rythmé par la succession des plats, scande le roman en chapitres, chacun correspondant à un plat : « Lillets. Rougets à la niçoise. Gigot aux quatre épices douces. Fromages. Café liqueur ». 1 Ruine, Editions Gallimard, coll. L’Arpenteur, 2004, p. 78-80. Les références seront désormais indiquées dans le texte entre parenthèses après chaque citation.

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