Edward Said et Raymond Williams : débat sur la culture impériale Article - 2014

Xavier Garnier

Sociétés & Représentations, 2014, pp. 41-51. ISSN 1262-2966

L’hypothèse, défendue par Edward Said dans Culture et Impérialisme, selon laquelle le monde occidental aurait justifié sa domination impériale sur le reste du monde par une survalorisation de sa propre cu,ture ert largement redevable des travaux de Raymond Williams, le fondateur des Cultural Studies. Le combat politique que mène Williams pour une prise en compte des cultures populaires dans la configuration du corps social au niveau national, doit pour Said être repensé dans un cadre impérial, caractérisé par la réification des cultures dominées et leur hiérarchisation. La lutte engagée par Williams pour un débat démocratique sur l’hégémonie culturelle au sein de la nation suppose un consensus sur l’homogénéité d’un peuple. Cette homogénéité est rendue impossible à l’échelle impériale en raison des cloisonnements raciaux mis en place par l’impérialisme colonial. Le matérialisme culturel de Raymond Williams, ses analyses sur le rôle des diasporas dans les avant-gardes artistiques européennes, permettent à Said de penser, parfois contre les perspectives trop nationales de Williams lui-même, les conditions matérielles d’une propagation mondiale d’expériences culturelles dégagées du carcan impérial

Edward Said’s claim in Culture and Imperialism—that the West justified its imperial domination over the rest of the world through by overvaluing its own culture—owes much to the work of Raymond Williams, the founder of Cultural Studies. Williams’s political struggle for the recognition of popular culture in the configuration of society at the national level should, according to Said, be reinscribed in the context of an imperial framework characterised by the reification and hierarchisation of dominated cultures. Williams’s commitment to a democratic debate on cultural hegemony within the nation pre-supposes a consensus on the homogeneity of a given people. This homogeneity becomes impossible at the imperial level in view of the racial segregation implemented by colonial imperialism. The cultural materialism of Raymond Williams and his analyses of the role of diasporas in the European artistic avant-garde allow Said to rethink, sometimes against the overly national perspectives of Williams himself, the material conditions that would enable the global propagation of cultural experiences freed from the imperial straitjacket.

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