Filmer la guerre. Les Soviétiques face à la Shoah, 1941-1946 Direction d’ouvrage - 2015

Valérie Pozner, Alexandre Sumpf, Vanessa Voisin (dir.)

Valérie Pozner, Alexandre Sumpf, Vanessa Voisin (dir.), Filmer la guerre. Les Soviétiques face à la Shoah, 1941-1946 , 2015. 〈http://filmer-la-guerre.memorialdelashoah.org〉

Résumé

Aujourd’hui, 70 ans après l’ouverture des camps de Maidanek et d’Auschwitz, chacun a en mémoire les terribles images que les photographes en ont rapportées. Seuls les opérateurs de cinéma soviétiques ont pu tourner sur les lieux des plus importants massacres de civils qu’ait connus l’Europe dans son histoire – et ils n’ont pas attendu 1944 pour s’atteler à cette tâche. Après les défaites qui se sont succédé depuis l’invasion allemande du 22 juin 1941, l’Armée rouge cesse de reculer (fin 1941), et entame la reconquête du terrain perdu (1942 – 1943), puis la conquête des pays baltes, de la Pologne et des territoires allemands orientaux (1944 – 1945). Au fur et à mesure de cette avancée, marquée aussi par des échecs, se multiplient les découvertes macabres : elles surviennent plusieurs années après les crimes nazis, ou à peine quelques jours plus tard. Parmi les 27 millions de victimes de la « Grande Guerre patriotique » sur le territoire soviétique de 1945, on recense environ 3 millions de Juifs systématiquement assassinés en tant que tels – mais aussi tués au combat, exécutés car suspectés d’être résistants ou communistes, ou bien suppliciés comme prisonniers de guerre. Pourtant les dirigeants de l’URSS décident de présenter la souffrance du peuple soviétique sans distinction ethnique – d’où un silence presque total sur le crime spécifique perpétré contre les Juifs par les nazis, occulté par la masse des disparitions. Dès les premières révélations sur les exactions en 1941, les plus hautes autorités décident d’en fixer les traces sur papier et sur pellicule, et ce dans un triple objectif. D’une part, il s’agit de mobiliser soldats et population par le recours à un registre émotionnel : pitié et chagrin pour les siens, haine et vengeance envers l’ennemi allemand. D’autre part, l’entrée en guerre renverse les alliances en vigueur : il est nécessaire d’informer l’opinion internationale des épreuves traversées. En effet, l’URSS milite pour l’ouverture d’un deuxième front en Europe et surtout doit regagner sa place de leader mondial de l’antifascisme, une image que les deux années du pacte germano-soviétique ont largement entamée. Enfin, la collecte de preuves doit contribuer à instruire les procès des vainqueurs contre l’armée allemande (dès 1943 en URSS) et le pouvoir nazi (Nuremberg en 1945 – 1946). Si nulle autre nation antifasciste en état de produire des films n’a pu documenter la Shoah caméra au poing, les images de ce crime ne forment qu’une partie d’un projet plus vaste – et il est parfois malaisé de déterminer ce que nous montrent les bobines conservées dans les archives russes. ces centaines d’heures ont fourni le matériau des actualités filmées, documentaires et films de propagande projetés en URSS et à l’étranger de 1941 à 1946. Il s’agit ici d’explorer ces inestimables preuves en images, de tenter d’en comprendre les différents usages, de chercher à saisir comment la diffusion d’une partie d’entre elles a façonné la représentation collective de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah.

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