Flaubert et Du Camp au désert Chapitre d’ouvrage - 2010

Sarga Moussa

in Savoirs en récits II, 2010, pp. 103-118

Résumé

On pourrait multiplier les oppositions entre Flaubert et Du Camp, - ce dernier s’est d’ailleurs employé à creuser le fossé à la fin de sa vie : " Gustave n’avait rien de mon exaltation, il était calme et vivait en lui-même. Le mouvement, l’action lui étaient antipathiques. Il eût aimé à voyager, s’il eût pu, couché sur un divan... ", etc. Ce genre de remarques a évidemment joué contre Du Camp, dont la postérité a fait, le plus souvent, un écrivain médiocre et médisant. Pourtant, ce dernier, sans avoir l’immense talent de celui qui, peut-être, pensait déjà à "Madame Bovary" au bord du Nil, est également devenu un écrivain, avec son imaginaire et ses obsessions, comme l’a bien vu son excellent commentateur Daniel Oster. Or, il se trouve que la traversée du désert Arabique accomplie par Du Camp et par Flaubert, en mai 1850, révèle particulièrement bien ce qui les unit et, en même temps, ce qui les distingue d’un point de vue littéraire. Ce trajet entre Keneh (un peu au nord de Louxor) et Kosséir (au bord de la mer Rouge), qui fit l’objet d’un aller-retour en une dizaine de jours, fut accompli à dos de dromadaires, avec des Bédouins qui suivaient la voie empruntée par des caravanes d’Afrique se dirigeant vers La Mecque. Il s’agit donc d’un itinéraire bien connu des pèlerins musulmans, mais relativement atypique pour les voyageurs français, bien qu’il ait été accompli antérieurement par un certain nombre de savants ayant accompagné l’armée de Bonaparte en Égypte, et que Denon l’ait évoqué (mais extrêmement brièvement) dans son "Voyage dans la Basse et la Haute Égypte" (1802). On quitte ainsi la Vallée du Nil et les temples pharaoniques pour entrer dans un autre espace, celui du désert, qui fait depuis longtemps l’objet de représentations codifiées.

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