« Il ne peut y avoir là-dessus que de mauvaise littérature » : le récit impossible de Prélude à Verdun et Verdun Article - 2010

Aude Leblond

Roman 20-50 : Revue d’étude du roman du XXe siècle, numéro spécial Jules Romains, 2010, pp. 35-50. ISSN 0295-5024

Résumé

Le diptyque central des Hommes de bonne volonté instaure une rhétorique prétéritive, dans la mesure où un interdit moral pèse sur son sujet. Le témoignage émerge à la fin de la guerre comme la seule forme admissible, la fiction et la littérarité présentant le danger de l’artifice et du mensonge. Comment écrire, dès lors, un événement ou un traumatisme, qui relèvent de l’indicible ? La figure de la prétérition apporte une réponse possible : elle dit tout en refusant de dire, et donne malgré tout un aperçu de ce qu’elle est censée cacher. Développant malgré tout ce récit jugé « impossible » par Jerphanion, Romains repart de la situation au front, pour montrer que la fiction, dans son inadéquation même à la réalité, est en réalité le seul recours ou le seul moyen de survie pour les combattants. Face à l’horreur ou à l’absurde, le filtre de la fiction n’et pas qu’illusoire : il fournit une sorte de catharsis (au sens d’atténuation ou d’épure). La fiction permet aux combattants de rétablir un sens et de s’identifier à des héros – au-delà du caractère dérisoire et absurde d’une horreur qu’ils ne pourraient pas affronter, sans la configuration rassurante de la fiction.

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