Images du pouvoir, pouvoirs de l’image. Horace Vernet juge de Méhémet-Ali Chapitre d’ouvrage - 2010

Sarga Moussa

in Die Kunst des Dialogs / L’Art du dialogue. Sprache Literatur, Kunst im 19. Jahrhundert - Langue, littérature, art au XIXe siècle, 2010, pp. 475-485

Résumé

Méhémet-Ali, souverain ambitieux qui menaça un temps le trône du sultan lui-même, fut l’objet d’une attention constante de la part des puissances européennes, de la France en particulier, qui soutint longtemps les visées expansionnistes du vice-roi, - jusqu’au moment où ce dernier fut obligé par l’Angleterre (convention de Londres du 15 juillet 1840) de se retirer de la Syrie et du Hedjaz, l’Égypte redevenant ainsi une simple province ottomane. Méhémet-Ali suscita, chez les voyageurs français contemporains, une véritable fascination, - avec toute l’ambivalence contenue dans ce terme, qui n’exclut pas un rejet à l’intérieur même de l’attraction exercée par cet homme de pouvoir. Pour Chateaubriand, qui débarque en Égypte en octobre 1806, le pacha incarne déjà le " despotisme " tant stigmatisé, à la suite de Volney, du pouvoir ottoman et de ses représentants, mais en même tant il lui apparaît comme un souverain peu crédible, ne possédant " ni la Haute ni la Basse-Égypte "3.On sait que les choses changeront rapidement, puisque dès le début des années 1820, Méhémet-Ali s’empare du Soudan. Entre-temps, le pacha asseoit définitivement son pouvoir en éliminant physiquement sa propre milice de Mamelouks, anciens esclaves circassiens qui avaient fini par exercer le pouvoir de fait sur l’Égypte, et dont Bonaparte prétendait combattre la " tyrannie ". Le 1er mars 1811, Méhémet-Ali attire par ruse, dans la citadelle du Caire, plus de quatre cents Mamelouks qu’il fait massacrer et ordonne de poursuivre les survivants jusqu’en Haute-Égypte. Cet événement, qui se voulait rupture fondatrice, eut certainement une portée traumatique, dont il serait intéressant de mesurer la portée, jusque dans l’historiographie égyptienne. Mais il hanta aussi la conscience des voyageurs qui, tout en cherchant à se faire recevoir par ce pacha qui se voulait réformateur et francophile, ne pouvaient oublier que ce dernier avait agi avec une brutalité terrifiante. La question se posait, dès lors, de savoir si l’on avait affaire à un " barbare " ou à un " civilisé ". À moins que Méhémet-Ali ne fût l’un et l’autre à la fois ? Quelle était la véritable nature de cet homme conservant toujours une part de mystère : le massacre des Mamelouks n’était-il pas le signe que son action, pourtant tournée vers le progrès (construction de routes, d’hôpitaux, d’écoles, etc.), comportait une face sombre, peut-être sous-évaluée dans son héritage ? Le massacre des Mamelouks était à la fois, pour les voyageurs de la première moitié du XIXe siècle, un événement obsédant, et un sujet impossible à aborder directement, lorsqu’ils se trouvaient face au vice-roi. Ainsi le comte de Forbin, qui le rencontre en 1818, dans son palais d’Alexandrie, ne souffle mot de la chose, dans le récit qu’il fait de cette entrevue. Mais, tout en décrivant le pacha comme un homme affable (" Mohamed Aly m’accueillit de la façon la plus gracieuse... "), il révèle aussi la terreur qu’il fait régner autour de lui (" les Bédouins prosternés se traînaient jusqu’au bas de sa robe pour la baiser "), et tout son séjour égyptien est placé sous le signe de la critique d’un pouvoir " despotique ", comme dans le cas de Chateaubriand.

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