L’Égypte de Butor au miroir de l’ ’ethnographie’ nervalienne Chapitre d’ouvrage - 2011

Sarga Moussa

Sarga Moussa, « L’Égypte de Butor au miroir de l’ ’ethnographie’ nervalienne  », in Écrivains et intellectuels français face au monde arabe, 2011, pp. 107-116

Résumé

De Vivant Denon, artiste et chroniqueur de l’expédition de Bonaparte, à Pierre Loti, témoin d’un empire ottoman déclinant, en passant par Chateaubriand, Nerval, Flaubert, Du Camp, Gautier, d’autres encore, de très nombreux écrivains se rendent en Orient, que ce soit pour accomplir un pèlerinage en Terre Sainte ou pour visiter les grands sites culturels du bassin oriental de la Méditerranée. Dans ce parcours, l’Égypte occupe une place à part : entre l’Afrique et l’Asie, mais aussi tournée vers l’Europe depuis Méhémet-Ali, qui prend le pouvoir en 1805, elle constitue parfois un objet de visite en soi. Elle fascine par les grands sites pharaoniques qui bordent la vallée du Nil, des Pyramides de Guizeh au temple d’Abou Simbel, en Nubie. Parmi eux, Nerval occupe une place centrale. Ce dernier est allé en Égypte un peu plus d’un siècle avant Butor, soit en 1843. Il est resté 4 mois au Caire, sans avoir vu la Haute-Égypte, avant de continuer son périple oriental vers le Liban, puis vers Constantinople. Il en tira en Voyage en Orient (1851) qui est sans doute l’un des plus beaux du XIXe siècle, mais aussi l’un des plus atypiques, en ce sens que la Palestine en est délibérément écartée, et surtout que le narrateur introduit dans chaque grande partie de son récit un " conte ", dont la dimension mythologique (rêverie sur les préadamites, donc sur une histoire humaine d’avant la Bible) est réactivée par Butor. Mais le Voyage en Orient nervalien ne se limite pas à cette dimension fictionnelle, Butor le rappelait lui-même dans son dernier séminaire à l’Université de Genève. Nerval est réellement allé en Égypte et ce séjour a constitué une expérience personnelle, une rencontre avec Le Caire et avec la diversité ethnique, religieuse et culturelle dont la capitale égyptienne était porteuse au XIXe siècle. C’est cette présence nervalienne dans Le Génie du lieu, encore peu commentée, à laquelle je voudrais m’attacher.

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