La figure d’Ibrahim dans le "Voyage en Orient" de Lamartine Article - 2011

Sarga Moussa

Ecrire l’histoire, 2011, pp. 63-75. ISSN 1967-7499

Résumé

Ibrahim Pacha, second fils de Mohammed-Ali (ou Méhémet-Ali, comme on l’écrit plutôt au XIXe sièce, selon la graphie turque), le vice-roi d’Égypte de 1805 à 1848, est né à Kavala (aujourd’hui en Macédoine), en 1789, et mort au Caire en 1848, après avoir succédé pour quelques mois seulement à son père, dont il commande l’armée depuis 1816. L’Égypte est à cette époque une province ottomane. Mais Méhémet-Ali a lui-même des velléités indépendantistes et cherche à s’affranchir de la Porte. Il mène une politique de conquêtes, qui menacent de plus en plus directement le pouvoir ottoman. Il décide ainsi l’invasion de la Syrie (elle aussi province ottomane, et dont l’actuel Liban faisait partie), où il envoie ses troupes, dirigées par Ibrahim, dès la fin de l’année 1831. En 1832, les villes de la côte syrienne tombent les unes après les autres. Ibrahim Pacha va ensuite de victoire en victoire, jusqu’à ce que l’Angleterre et l’Autriche interviennent et obligent son père à rendre la Syrie en échange de l’hérédité du titre de vice-roi, pour lui et ses descendants (Conférence de Londres de 1840). Mais pendant près d’une décennie, Ibrahim apparaît, en particulier en France, qui en fait son protégé, comme le nouvel fort de l’Orient. Tel est donc le contexte international dans lequel Lamartine accomplit, avec sa femme, sa fille (qui mourra à Beyrouth) et trois de ses amis, entre l’été 1832 et l’automne 1833, le périple qui est raconté dans son Voyage en Orient (1835). On sait par ailleurs qu’il avait commencé une carrière diplomatique, en Italie, mais qu’il avait donné sa démission en 1830, par fidélité aux Bourbons. Mais ce renoncement, comme l’a bien vu Henri Guillemin, était en même temps une façon de s’ouvrir les portes de la politique. De fait, Larmartine apprend qu’il est élu député de Bergues alors qu’il est encore en Syrie, en 1833. Dès son retour en France, il s’exprime à la Chambre, notamment sur l’Orient. Convaincu, à tort, que l’empire ottoman était déjà moribond, Lamartine plaidera pour un protectorat des puissances européennes, de façon à ce que la France ait toute sa part du futur gâteau... Mon hypothèse est qu’Ibrahim, dont les succès militaires ont ébloui Lamartine, est devenu chez lui un véritable mythe qui n’a pas peu contribué à sa conviction que le sultan " malade " allait bientôt disparaître.

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