Le mythe des Bédouins à l’aube du XIXe siècle : l’exemple de Dom Raphaël de Monachis Chapitre d’ouvrage - 2012

Sarga Moussa

in Le Livre du monde et le monde des livres, 2012, pp. 847-857

Résumé

Dom Raphaël de Monachis, de son vrai nom Antûn Zakhûr, né au Caire en 1759, dans une famille de rite grec catholique, est l’auteur d’un ouvrage intitulé Les Bédouins ou Arabes du désert, publié en 3 volumes, à Paris, en 1816, par les soins d’un élève de l’École Spéciale des Langues orientales (l’ancêtre de l’INALCO), un certain Mayeux. Avant de revenir sur ce texte, il faut dire quelques mots de Dom Raphaël et sur ceux qui, avant lui, ont parlé des Bédouins. Ordonné prêtre en 1785, après un séjour de plusieurs années à Rome, où il étudie le grec et le latin, Dom Raphaël sert d’interprète auprès de l’Institut d’Égypte, créé par Bonaparte en 1798. Celui-ci lui confie notamment la traduction des documents officiels nécessaires à la mise en place de l’administration française au Caire. Il se lie avec Joseph Fourier (secrétaire perpétuel de l’Institut d’Égypte), lequel intervint plus tard, auprès de Fouché, pour que Dom Raphaël obtienne un poste en France. De fait, il fut nommé professeur-adjoint de langue arabe auprès de Silvestre de Sacy, et c’est pour lui que fut créée la première chaire d’arabe dialectal à l’École des Langues orientales, en 1803. La carrière de Dom Raphaël ne s’arrête pas là. Il fut l’un des initiateurs de Champollion (on sait qu’il lui faisait traduire notamment des fables de La Fontaine en arabe), et il traduisit lui-même différents documents politiques, juridiques et médicaux. Il rédiga aussi des poèmes et des romans, et il collabora à la Description de l’Égypte. Mais, à la chute de l’Empire, son salaire étant fortement diminué, il est contraint à la démission. Il quitte donc la France en 1816, laissant un manuscrit sur les Bédouins qui fut édité, la même année, par Mayeux, dont on imagine qu’il a pu être un élève de Dom Raphaël. De retour en Égypte, ce dernier se met au service de Méhémet-Ali. Grâce à sa connaissance de l’italien et du français, il rédige des traductions et, à partir de 1827, des comptes rendus des travaux de l’École de médecine d’Abou-Zabel. Il meurt au Caire en 1831, laissant une œuvre encore largement méconnue. Dom Raphaël, " premier littérateur biculturel d’Égypte ", selon la formule de Daniel Lançon, aura donc vécu à la fois en Orient et en Europe. On peut imaginer que ses notes ont été rédigées, au moins pour leur premier jet, à l’époque de l’expédition de Bonaparte, sans qu’on sache si leur auteur a pu véritablement fréquenter des tribus nomades - cela ne devait en tout cas pas aller de soi pour un citadin. Il est vrai que sa " qualité " d’Oriental lui a sans doute conféré une autorité particulière, du point de vue européen, pour s’exprimer sur les Bédouins, et c’est certainement à ce titre que son ouvrage, l’un des tout premiers en langue française à être entièrement consacrés aux Arabes nomades, a dû être lu sous la Restauration. Mais ne nous y trompons pas : Dom Raphaël est un érudit plus qu’un homme de terrain, et son ethnographie du monde bédouin est à tout le moins tributaire de certaines lectures.

Voir la notice complète sur HAL

Actualités