Le repas familial pavillonnaire dans Le Moral des ménages et dans Cendrillon d’Éric Reinhardt Chapitre d’ouvrage - 2016

Françoise Cahen

Françoise Cahen, « Le repas familial pavillonnaire dans Le Moral des ménages et dans Cendrillon d’Éric Reinhardt  », in Manger et être mangé, L’alimentation et ses récits, 2016. ISBN 979-10-309-0062-0. 〈http://editionsorizons.fr/index.php/manger-et-etre-mange-l-alimentation-et-ses-recits.html〉

Résumé

En quoi le repas préparé par les mères des cinq personnages principaux dans Le moral des ménages(2002) et dans Cendrillon (2007) participe-t-il à la représentation de la classe moyenne contemporaine ? Les familles des personnages habitent toutes dans un lotissement « Lewitt » au sud de la banlieue parisienne, au début des années 1980 – comme l’auteur lui-même pendant sa jeunesse- et les héros adolescents y assistent impuissants à l’humiliation professionnelle et personnelle de leur père, commercial dans une entreprise informatique. Le plat symbolique récurrent est le gratin de courgettes, qui représente l’esprit d’économie de la mère, tout comme l’une de ses obsessions : que le camembert fasse la semaine… Une scène de repas festif est particulièrement importante : le patron du père avec son épouse sont invités dans le pavillon familial, dans Cendrillon. Ce festin était envisagé par la famille comme la première marche de l’ascension sociale tant attendue : mais il sera constitué d’un enchaînement de catastrophes (retard dû à une erreur de trajet sur l’autoroute, incongruité des propos du père pendant le repas, réaction allergique, vomissements de la femme du patron…) et sera à l’origine d’un nouvel échec professionnel du père. Nous nous demanderons comment ce repas à la fois désespéré et hilarant, qui met en scène le net clivage entre l’employé et son patron, semble démontrer l’impossibilité du rapprochement des classes sociales. Le repas est aussi le théâtre des conflits au sein de la famille, et ceux-ci dégénèrent particulièrement, puisque le père de Patrick Neftel, face aux provocations de son fils qui met en relief sa servilité professionnelle, finit par se suicider en se plantant une fourchette dans la gorge. Nous pourrons démontrer que cette mise en scène tragique et vitriolée transporte dans le quotidien familial la violence subie par le père dans l’univers du travail. La famille et plus particulièrement ce huis-clos de la cuisine sont la chambre d’écho de tensions sociales extérieures insupportables. La famille mangeait tranquillement son gratin de courgettes, mais c’est l’entreprise qui a dévoré le père.

Voir la notice complète sur HAL

Actualités