Les saint-simoniens en Égypte : le cas d’Ismaÿl Urbain Chapitre d’ouvrage - 2002

Sarga Moussa , Les saint-simoniens en Égypte : le cas d’Ismaÿl Urbain , in La France et l'Égypte à l'époque des vice-rois, 1805-1882, 2002, pp. 225-233

Résumé

Au début des années 1830, les disciples du comte de Saint-Simon (mort en 1825, année de la publication de son Nouveau Christianisme) constituent un mouvement réformateur et utopiste (chacun étant censé produire " selon ses capacités ") perçu par le pouvoir comme dangereux, dans la mesure où ses membres prônent l’abolition de la propriété et du mariage. Emprisonnés, leurs chefs sont libérés en 1833 : ils auront eu le temps de rêver à l’Orient (Hugo avait publié fin 1829 ses Orientales), en particulier à l’Égypte, qui occupe une place à part, depuis l’expédition de Bonaparte, dans l’orientalisme français. Un premier groupe de saint-simoniens traverse la Méditerranée en mars 1833, sous la houlette d’Émile Barrault : ce sont les " compagnons de la Femme ", en quête de la " Femme-Messie ", sorte d’épouse mystique du " Père " Enfantin, le chef des saint-simoniens, lequel est encore en prison à cette date. Les motivations premières de ce voyage semblent relever de la plus haute fantaisie. Pourtant, après un court séjour à Constantinople, ces " apôtres " d’un nouveau genre abordent en Égypte, où ils vont d’emblée proposer leurs services au pacha Méhémet-Ali. Celui-ci, théoriquement subordonné au sultan, cherche en réalité à s’en affranchir et rivalise avec Mahmoud II pour moderniser son pays. Francophile déclaré, il comprend le parti qu’il peut tirer des ces polytechniciens que sont souvent les saint-simoniens. Ces nouveaux " savants ", heureusement dépourvus d’armée, vont trouver en Égypte, où ils resteront pour la plupart environ trois ans, un terrain d’expérimentation pour tenter de mettre en pratique leurs idées : la société devant se régénérer par le travail et l’industrie, ils proposent à Méhémet-Ali un projet de creusement de l’isthme de Suez, puis, devant le refus qui leur est opposé, ils envisagent la construction d’un barrage sur le Nil, - projet de " coopération " avant la lettre, qui ne verra pas non plus le jour, à cause d’une terrible épidémie de peste (printemps 1835). Cet échec ne doit cependant pas faire oublier ce qui, de manière moins visible, a pu contribuer au développement de l’Égypte, ainsi qu’à la transformation en profondeur du regard que la France, à l’époque de Louis-Philippe, a pu porter sur l’Orient.

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