Mémoire de pèlerins. Pèlerins de la mémoire (Chateaubriand, Lamartine, Nerval) Chapitre d’ouvrage - 2011

Sarga Moussa , Mémoire de pèlerins. Pèlerins de la mémoire (Chateaubriand, Lamartine, Nerval) , in Le Voyage et la mémoire au XIXe siècle, 2011, pp. 173-188

Résumé

Le pèlerinage est initialement une marche. Marche d’un voyageur vers un lieu saint. Le peregrinus est aussi " l’étranger, celui qui vient d’une autre terre ", et qui, " à force d’avoir cherché "l’autre", [...], en revient marqué ", comme l’écrit Alphonse Dupront, qui a longuement creusé cette notion1. Mais avant de revenir transformé, le pèlerin chrétien est soucieux de reproduire les gestes de ses prédécesseurs, qui eux-mêmes mettent leurs pas dans ceux du Christ. Le pèlerin est donc, fondamentalement, une mémoire : c’est elle qui le motive, dans tous les sens du terme, - cause et mouvement. Du reste, il n’en va sans doute pas différemment pour nombre d’autres voyages : à bien y réfléchir, on voyage sans doute pour connaître les pays étrangers, mais aussi pour reproduire l’itinéraire de tel autre voyageur, qui lui-même disait vouloir connaître les peuples étrangers... Comme dans le désir mimétique analysé par René Girard, le pèlerin d’Orient ne se met en route que parce que d’autres sont partis avant lui, pour accomplir un parcours déterminé par la Bible. Il se situe ainsi dans une double logique de l’imitation. Pourtant, la première moitié du XIXe siècle apporte un renouvellement profond dans ces pratiques répétitives : Chateaubriand ne se contente pas de réactiver le pèlerinage de Terre sainte, il ranime aussi toute une mémoire culturelle qui fait de son périple méditerranéen une sorte de " Grand Tour " aux origines de la civilisation occidentale ; Lamartine, de son côté, apparaît comme un pèlerin hétérodoxe, à la fois désireux de retrouver en Orient de grandes émotions religieuses, mais aussi préoccupé de mettre à distance le souvenir obsédant du récit de son prédécesseur ; enfin Nerval rompt clairement avec la tradition chrétienne des pèlerins pour proposer une " pérégrination " orientale qui est aussi un voyage dans la mémoire.

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