Par delà l’Europe. Musique, voix et sonorités dans le "Voyage en Orient" de Lamartine Chapitre d’ouvrage - 2012

Sarga Moussa

Sarga Moussa, « Par delà l’Europe. Musique, voix et sonorités dans le "Voyage en Orient" de Lamartine  », in Le Romantisme musical français et ses généalogies européennes, 2012, pp. 239-249

Résumé

Le "Voyage en Orient", publié en 1835, connut de nombreuses rééditions du vivant de Lamartine. Cependant, les critiques ne lui furent pas épargnées, au motif, notamment, que son auteur aurait davantage cherché à se mettre en scène qu’à décrire les populations orientales rencontrées. Au demeurant, il n’y a rien d’étonnant à cela : le récit de Lamartine est bien un grand Voyage romantique, où le moi se libère dans une subjectivité qui se revendique comme telle. " Que le lecteur les ferme [ces notes] donc avant de les avoir parcourues, s’il y cherche autre chose que les plus fugitives et les plus superficielles impressions d’un voyageur qui marche sans s’arrêter.[...] ; c’est le regard écrit... ", affirme le narrateur du "Voyage en Orient" à la fin de son Avertissement. Faut-il pour autant prendre de telles déclarations au pied de la lettre ? Certes, la dimension visuelle est capitale dans ce texte, et plus généralement dans la tradition viatique : le voyageur n’a-t-il pas, depuis Marco Polo, pour mission principale de rendre compte de ce qu’il a vu de ses propres yeux, - fût-ce de manière superficielle ? Chateaubriand ne dit pas autre chose dans la Préface de son Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811), tout en feignant de s’excuser, comme Lamartine, de la rapidité de sa marche : " Je n’ai point la prétention d’avoir connu des peuples chez lesquels je n’ai fait que passer. Un moment suffit au peintre de paysage pour crayonner un arbre, prendre une vue, dessiner une ruine. " Pourtant, la vue n’est pas le seul sens mobilisé par le voyageur. Bien que secondaire, l’ouïe reste très importante dans la perception orientale de Lamartine. D’ailleurs, il se peut que l’oreille joue, chez lui, un rôle spécifique, à la fois différent et complémentaire de l’œil. Tout se passe en effet comme si c’était pendant les moments de pause que le narrateur, soudain plus réceptif, entendait et comprenait l’Orient. On se propose donc d’examiner ici différentes modalités auditives à travers trois moments du voyage en Orient lamartinien. Le "Voyage en Orient" révèle - notamment dans le " Résumé politique " - les nouvelles ambitions parlementaires du député qui se présente comme un connaisseur de la " question d’Orient ". Le poète n’a pourtant jamais renoncé à sa sensibilité propre, en particulier à la musique, aux voix, aux sonorités, qu’on retrouve dans son récit de voyage, non pas comme un retour du refoulé, mais comme une dimension constitutive du premier grand texte en prose de Lamartine.

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