Former à l’égalité : défi pour une mixité véritable

Que faire avec les images ? Chapitre d’ouvrage - Septembre 2016

Fanny Lignon, « Que faire avec les images ? », in Lechenet A., Baurens M. et Collet I. (dir.), Former à l’égalité : défi pour une mixité véritable , L’harmattan, Septembre 2016

« Quand on habite sur une île, mieux vaut apprendre à ses enfants à nager plutôt que de construire un mur d’enceinte pour les empêcher d’accéder à l’eau ».
(Proverbe pédagogique)

Les images sont le véhicule de bien des stéréotypes de sexe. Il suffit, pour s’en rendre compte, de feuilleter des catalogues de jouets, d’observer des affiches publicitaires, de visionner des vidéo-clips. Entre autres exemples. La lecture d’écrits scientifiques ou de rapports étudiant les représentations masculines et féminines, dans la littérature de jeunesse ou les manuels scolaires, achèvera de convaincre ceux qui douteraient encore. Or, comme le rappelle le MEN sur la page web qu’il consacre à l’éducation à l’image, au cinéma à l’audiovisuel, « la première pratique culturelle des jeunes est celle de l’image ». Si l’on corrèle ces deux éléments, les écolier-e-s, les collégien-ne-s, les lycéen-ne-s apparaissent, nécessairement, comme les premiers récepteurs d’images stéréotypées.
Certes, l’impact réel de ces images sur le développement et le devenir de ces populations est mal connu, mais, au nom du principe de précaution et de l’apprentissage de la citoyenneté, il paraît indispensable d’outiller les individus, enseignants comme élèves, pour qu’ils puissent les identifier, les interroger et éventuellement les mettre à distance. De fait, même s’il convient de protester lorsque des images porteuses de stéréotypes de sexe sont diffusées, il est vain d’espérer les voir toutes disparaître un beau jour. Et cela d’ailleurs n’est peut-être pas souhaitable. Ne serait-ce que parce qu’elles peuvent être utiles au pédagogue pour lui permettre de développer et d’affûter l’esprit critique de ses élèves.
Pour peu que l’on sache s’y prendre - et c’est ce savoir-faire que cet article ambitionne de transmettre - les images peuvent devenir l’un des vecteurs les plus efficaces de la déconstruction des stéréotypes de sexe, en raison notamment de l’appétence des jeunes à leur égard. Tout enseignant qui a déjà travaillé en classe avec des images sait qu’elles facilitent l’entrée dans une activité, qu’elles enclenchent presque magiquement l’intérêt du public. Outre leur aura propre, elles bénéficient, du fait de leur statut de document "non scolaire", d’un laisser-passer qui simplifie grandement la tâche de l’enseignant. Le fait aussi que les élèves constituent un groupe mixte et relativement conséquent d’individus divers multiplie les manières de les recevoir et crée la possibilité de vraies discussions. Dernier avantage enfin, le caractère fondamentalement transversal des images, qui peuvent être convoquées dans toutes les disciplines, de l’histoire aux SVT en passant par les langues ou l’EPS.
La démarche "image" que nous exposons s’articule en trois temps : 1) savoir identifier les stéréotypes de sexe, 2) savoir déconstruire les inégalités, 3) savoir construire l’égalité. Une série de pistes pédagogiques concrètes, à base d’analyse et de réalisation d’images fixes et animées, est présentée (bandes dessinées, presse jeunesse, spots publicitaires, séries télévisées, jeux vidéo...) Une ouverture vers d’autres images, non stéréotypées et moins connues, est proposée. Parce qu’ouvrir l’horizon culturel des jeunes sur le plan des images aussi est peut-être la meilleure façon de lutter contre les stéréotypes.

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