Jean Giono. Le corps à l’oeuvre Ouvrage - 2009

Alain Romestaing, Jean Giono. Le corps à l’oeuvre , Honoré Champion, 2009

Alain Romestaing, Jean Giono. Le corps à l’œuvre, Paris : Honoré Champion, coll. "Littérature de notre siècle" n°38, 2009, 448 p, 80 euros.

Cette étude s’emploie à montrer le rôle déterminant du corps dans l’ensemble de l’œuvre de Jean Giono. Elle procède du constat de la dimension très incarnée des créatures et de la création gioniennes, propose un éclairage englobant les différentes « manières » de l’auteur, dont elle confronte en outre le travail à certains enjeux théoriques de la littérature du XXe siècle. Car Giono n’est pas seulement un écrivain en réaction contre l’évolution mécanique, meurtrière et moderniste de son époque. Son ancrage originel dans une civilisation paysanne privilégiant le sensoriel ne l’enferme pas dans une louange nostalgique. Son pacifisme exacerbé par deux guerres mondiales ne l’empêche pas de reconnaître et de sonder l’inhumain au cœur de l’humain. Enfin son attachement aux formes traditionnelles du roman (l’auteur, les personnages, la fiction) n’exclut nullement la lucidité critique et des jeux narratifs virtuoses. C’est en artiste sans esprit de sérieux que Jean Giono raisonne sur la condition terrestre d’individus écartelés entre leur désir de se fondre dans le monde et leur discontinuité, et c’est en romancier jouisseur qu’il explore les limites de la littérature : c’est en créateur incarné qu’il interroge son rapport au réel.

Le corps est constamment à l’œuvre dans l’univers de Giono parce qu’il est l’objet de descriptions fascinées et le thème privilégié d’une narration qu’il nourrit tout en la bouleversant. Il travaille à mettre au monde les personnages et l’auteur, mais il les y oppose aussi bien, en se plaçant à l’envers de la plénitude de l’univers, du côté du néant, à l’envers du réel auquel l’imaginaire tend à se substituer et à l’envers de la parole qu’il confronte à son impuissance. Le corps est au principe de l’œuvre gionienne parce qu’il y condense l’incessante remise en jeu du réel par l’écriture et de l’écriture par le réel.