Traduire/Translating, Intermédialités Numéro 27, printemps 2016 Numéro thématique de revue - Mai 2016

Myriam Suchet (dir.), Traduire/Translating, Intermédialités Numéro 27, printemps 2016 , Mai 2016

Ce numéro de la revue en ligne Intermédialités regroupe une introduction (par moi-même), 7 articles (par Camille Bui, Karina Chagnon, Lucia Quaquarelli, Maude Lefebvre, Barbara Bourchenin, Geneviève Robichaud et Julie Châteauvert), un essai (de Jon Solomon) et un aperçu de film (de l’artiste invitée Nurith Aviv). En dirigeant ce volume, je voulais tester l’hypothèse (empruntée à Henri Meschonnic) selon laquelle la translation est moins un transport qu’un rapport, en conviant à la réflexion des collègues qui partagent une même approche intermédiale, mais depuis différentes disciplines. Voici un extrait de l’appel à textes.
De nombreuses études montrent que l’acte de traduire implique une relation de pouvoir. La traduction, du moins lorsqu’on l’envisage comme un transport ou un transfert d’une source A vers une cible B, participe à instituer ou du moins à consolider une entité (A : une langue, une œuvre, une identité, une culture) par opposition à une autre (B), qui sera considérée comme étrangère selon des coordonnées géographiques, historiques et politiques. Les dichotomies distinguant notamment les couples source/cible, fidélité/trahison, texte de départ/d’arrivée, sont autant de symptômes de ce rapport de force. Une dichotomie, en effet, contribue toujours à forger les deux pôles qu’elle distingue. En quoi et comment la puissance de l’acte traductif peut-elle se retourner en force de proposition ou en contre-pouvoir ? L’opération traduisante est-elle en mesure de transformer des manières d’être, de penser et de faire ? Saurons-nous nous départir, avec les anciennes dichotomies, de ces autres lignes de partage qui opposent Orient/Occident, Soi/Autre, Nation/migrants, etc., et selon quels renouvellements anthropologiques, quelles subjectivations inédites ? Pourrions-nous traduire notre discours scientifique et académique pour le faire résonner avec d’autres pratiques visuelles, graphiques, militantes et sociales ?
L’approche intermédiale ouvre des pistes, en tant que pensée relationnelle favorisant la conception de constellations, de faisceaux de nœuds ou d’arborescences au lieu de reconduire les lignes de partage et les entités fétichisées. Sans jamais oblitérer le grain de la toile, la trame du texte ou la spécificité de tel discours ou de telle œuvre, il s’agit de porter attention aux formes, mais plus encore à leurs interfaces et à la résistance des matériaux. En ce qui concerne la traduction, l’enjeu n’est plus de comparer pour mesurer pertes et gains ni de regretter un point d’origine supposément perdu, mais de faire jaillir ce qui fait événement dans la différence au point de redistribuer les postures identitaires. Il s’agit en outre de s’autoriser à traduire nos outils d’analyse d’un domaine (ou d’un support) donné à l’intention d’un autre pour envisager, par exemple, une politique de l’œuvre ou une poétique militante, analyser l’aspect visuel d’une recherche ou la musique d’une performance. Cette hybridation – qui, insistons encore une fois, ne perd jamais de vue les caractéristiques de chacune des formes, techniques et matières éprouvées – nous apparaît aussi comme l’occasion de combiner recherche-action et création selon une perspective qu’on peut dire indisciplinaire. Aborder la traduction de manière intermédiale, c’est ainsi tout à la fois relier des modes de production des œuvres, mailler les strates d’hétérogénéités qui les traversent et les composent, brancher des champs de recherche et embrayer l’UniverCité. Nous y voyons une chance, dans un contexte où les paradigmes obsolètes doivent être remplacés de toute urgence alors même que l’imagination de ce qui est à venir nous fait encore défaut.
Les contributions sont situées à la croisée d’au moins deux domaines de spécialisation (intersections philosophie/politique/sciences sociales, engagement militant/littérature, cinéma/musique/théâtre, narrations visuelles, etc.) et prêtent attention aux différents matériaux dans leurs résistances et potentialités. Chaque contributeur était invité à échanger avec les autres avant de rédiger son propre texte, de sorte à activer la perspective relationnelle que nous avions choisie. Pour cette occasion, nous avons développé une plateforme numérique avec Samuel Tronçon (de l’Agence Résurgences). L’objectif était à la fois de faciliter le travail commun à distance et de produire des visualisations permettant de voir les liens existants mais surtout d’en faire surgir d’inédits, qui seraient sinon restés inexplorés.

Une synergie s’est établie entre les articles scientifiques et les œuvres de création, notamment un extrait du court-métrage de Nurith Aviv en différentes langues des signes.

https://www.erudit.org/fr/revues/im...

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