Approches plurielles du fait théâtral (2014-2015)

Organisateurs : Catherine Brun, Jeanyves Guérin, Marie-Madeleine Mervant-Roux

La réunion, dans l’UMR THALIM (Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité), de deux équipes aux traditions épistémologiques et critiques diverses dans le champ du théâtre – « Écritures de la modernité », essentiellement attachée à la textualité théâtrale, et « ARIAS », davantage tournée vers les arts du spectacle – nous a incités à constituer nos approches disciplinaires en objets d’interrogation.
Pour cette deuxième année de séminaire, nous continuerons à poser des jalons susceptibles à la fois de retracer l’histoire des études et des recherches théâtrales en France depuis le premier vingtième siècle, et de resituer le fait théâtral au croisement d’approches disciplinaires elles-mêmes diverses : histoire, philosophie, sociologie. Après Gustave Cohen, Etienne Souriau, Jean Duvignaud, nous nous intéresserons à deux autres grandes figures : Henri Gouhier et Jean Jacquot. Nous travaillerons sur l´histoire institutionnelle de la discipline appelée « études théâtrales » dans l’université française et sur ses rapports aux autres disciplines. Pour observer une histoire différente de la nôtre, et sans doute aussi une autre manière de penser notre thématique, nous ouvrirons le séminaire avec l’intervention d’un collègue professeur en études théâtrales à l´École supérieure de théâtre de l´Université du Québec à Montréal.
La troisième année du séminaire, qui se clôturera par un colloque et une publication, comportera des séances - actuellement en préparation - sur Jacques Schérer, sur l’histoire des recherches en arts du spectacle au CNRS, sur l’université du Théâtre des Nations.
Ces approches, délibérément plurielles, fortement historicisées, devraient aider à penser les termes et les enjeux de points nodaux (lieux de différends et de tensions) dont les origines tendent trop souvent à se perdre ou à devenir légendaires.

Séances du séminaire

Séance(s) passée(s)

  • Mildred Galland-­‐Szymkowiak : Essence et existence du théâtre : Henri Gouhier et l’étude philosophique du théâtre
  • Lise Forment : Le théâtre classique à la Nouvelle Sorbonne
  • Marion Denizot : Les Études théâtrales et l ́histoire : de quelques hypothèses sur les raisons d ́un désamour
  • Eve-Marie Rollinat-Le vasseur et Stéphanie Méchine : Théâtre et Université ou de l’ articulation entre la théorie, la pratique et la création dans une institution académique
  • Quentin Fondu. Sur la constitution de la discipline universitaire des études théâtrales en France (1959-1973)
  • Jean Jacquot et la première équipe de recherches théâtrales et musicologiques du CNRS
  • Les études théâtrales au Québec au croisement des cultures et des traditions savantes

    L’émergence des études théâtrales, en tant que discipline savante, est un phénomène récent au Québec, principalement lié au développement d’un réseau universitaire moderne dans la foulée de la Révolution tranquille des années soixante et soixante—‐dix. Notre présentation propose de suivre les différentes voies qui ont conduit à l’établissement de la discipline dans ce contexte, mais en ne négligeant pas pour autant de faire retour sur les travaux antérieurs qui ont permis de baliser un certain territoire. On pense ici, en particulier, à la tradition ecclésiastique qui a, dès le début du 20e siècle, donné lieu à des travaux documentaires importants sur les premiers temps de l’activité théâtrale en Nouvelle—‐France. En parallèle à ce mouvement, on notera par ailleurs la contribution d’une génération d’amateurs éclairés, issue des milieux théâtral et journalistique, dont le bilan reste encore à faire si l’on ambitionne de comprendre la rupture qui se produit avec l’entrée en scène du chercheur universitaire. Cette rupture se manifeste sur plusieurs plans : organisationnel, épistémologique, politique, stylistique, méthodologique. Les études théâtrales au Québec constituent, à cet égard, un lieu d’observation privilégié pour saisir, à une échelle réduite, les logiques à l’oeuvre dans une communauté savante. Ainsi, notre propos ne cherchera pas à identifier des personnalités ou des œuvres marquantes ou fondatrices, mais à faire émerger l’image d’une collectivité animée par des tensions (Amérique\Europe, tradition\modernité, texte\représentation, histoire\théorie) mais soudée en même temps par un « projet », celui d’établir le fait théâtral comme lieu de discours légitime au sein de l’espace socio—‐ culturel québécois.

    Yves Jubinville est professeur en études théâtrales à l´École supérieure de théâtre de l´UQÀM. Il est chercheur au Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises. Il a été directeur de la revue L´Annuaire théâtral de 2008 à 2014 et directeur du programme de doctorat en études et pratiques des arts de l´UQÀM (2011—‐ 2014). Ses travaux s´orientent autour de questions historiographiques, à la fois sur des problématiques reliées aux pratiques d´écriture pour le théâtre (via une approche génétique) et d´autres qui concernent les processus d´institutionnalisation du théâtre (via l´analyse de ses discours —‐ critique et recherche savante). Il est membre de l´équipe de recherche Régimes socio—‐esthétiques du théâtre au Québec (1945—‐2—‐14) qui se propose de produire la première synthèse historique de l´activité théâtrale québécoise.

    INHA. Salle FABRI DE PEIRESC
    Galerie Colbert, 2 rue Vivienne, 75 002 Paris