Collectif « Penser d’ailleurs ». Atelier de lecture Théorique

Organisateurs : Elara Bertho, Anne Castaing, Ninon Chavoz, Xavier Garnier, Sarga Moussa, Myriam Suchet, Laetitia Zecchini, Collectif PENSER D'AILLEURS

Nous sommes nombreux à rechercher dans la littérature une manière de changer notre rapport au monde et à voir dans les textes littéraires des points d’appui pour décentrer notre regard et ouvrir de nouvelles perspectives à la pensée. Une telle ambition pour la littérature suppose une participation active du lecteur qui doit être préparée.

Le collectif « penser d’ailleurs » propose des séances de lecture de textes théoriques venus d’horizons disciplinaires divers (philosophie, anthropologie, sociologie, etc.) susceptibles de nous aider à pratiquer une lecture décentrée des textes littéraires. Il s’agira de lire des textes qui se réclament des « ailleurs », ou des « lointains » pour bousculer nos modes de penser. On s’intéressera aux pensées qui opposent une alternative — qui peut être construite comme géographique (penser depuis le Sud, le Grand Nord, les îles ou les archipels…), culturelle (pensées chinoise, indienne, amérindienne, africaine…) ou radicale (lorsqu’elle cherche à échapper à ces postulats anthropologiques pour se formuler en termes à la fois problématiques et situés) — à une pensée-monde qui se voudrait universelle ou synthétique, mais qui peine à échapper au soupçon de centralité.

Pour chaque séance, un « introducteur » ou une « introductrice » fait une sélection d’extraits (à lire à l’avance par les participants) et se charge d’une courte mise en situation. Le travail en séance sera le plus collectif, participatif et non hiérarchique possible. Il s’agira de partir de nos incompétences, de nous appuyer sur ce que nous ne comprenons pas dans des textes dont nous n’avons pas toutes les clés, pour proposer des pistes de lecture, mettre en discussion des interprétations parfois hasardeuses, en bref expérimenter.

Le collectif se réunira les vendredis de 15h à 17h en salle 430 (site de Censier)

Carnet de recherche : https://ailleurs.hypotheses.org/

https://ailleurs.hypotheses.org/

Séances du séminaire

Séance(s) passée(s)

  • Gloria Anzaldúa présentée par Emeline Baudet

    Gloria Anzaldúa (1942-2004) est une figure majeure du féminisme (et, plus largement, des mouvements LGBT et queer) d’origine chicana. Mélangeant les langues (espagnol, anglais, nahuatl…) et les styles (poésie, essai, narration) dans ses textes, elle élabore une théorie plurielle de la frontière. Avec un f minuscule, elle désigne la frontière géopolitique qui sépare le Mexique du Texas ; mais avec un F majuscule, elle désigne tous les types de séparation et de démarcation qui scindent une identité singulière et collective : les questions de genre, de sexualité, de métissage culturel et d’appropriation des objets de lutte par une personne elle-même divisée entre toutes ses identités ouvrent ainsi bientôt vers une réflexion épistémologique sur le lieu d’où peut s’énoncer une telle critique des frontières.
    La réflexion de Gloria Anzaldua évolue au fil de ses textes ; elle commence par un point de vue radical, tel qu’exprimé dans l’anthologie This Bridge called my back ou Borderlands/La Frontera qui font de la frontière un seuil infranchissable et nécessaire, et se prolonge vers une vision plus nuancée de l’identité culturelle et des ponts (bridges ou nepantleras) qui peuvent s’ériger entre toutes ces manifestations de l’identité. Sa conception enfin du Mundo Zurdo, « the left-handed world », pourrait apparaître comme une solution de dépassement de ce clivage entre assignation extérieure (sociale, familiale) et recherche intérieure d’une identité singulière, dans la mesure où c’est au sein d’une communauté que se réalise, in fine, l’individu, et dans le partage d’une ontologie relationnelle. Ce dernier thème retrouve ainsi une singulière actualité dans les réflexions contemporaines au sujet des politiques de la relationnalité.

    Pour commencer :
    « La Prieta », pour découvrir l’univers culturel, social et identitaire de Gloria ; cet essai fait partie de l’anthologie féministe « This Bridge called my back » publié en 1981, précurseur de futures démarches intersectionnelles. Dans cet essai, Gloria met en œuvre une « autohistoria » qui part de données autobiographiques pour écrire l’histoire de tout un peuple.
    A comparer avec « La herencia de Coatlicue » (chapitre de son ouvrage le plus célèbre : Borderlands, La Frontera), autre essai qui mêle données autobiographiques avec points de vue plus spéculatifs et réflexifs sur la condition de femme et de métisse, sur fond de croyances mexicaines traditionnelles.
    Interlude : les « Illustrations » par Gloria elle-même de ses concepts les plus célèbres
    Poursuivre avec :
    « La Consciencia de la mestiza » (surtout p. 77-82), nouvel extrait de Borderlands, où est décrite sa conception de la mestiza culturelle et identitaire.
    La préface de This bridge we call home, intitulée “(Un)natural bridges, (Un)safe spaces”, où s’énonce sa conception du “nepantla”, terme Nahuatl qui désigne un espace intermédiaire, liminaire, où règnent l’instabilité et le déplacement perpétuel . Le nepantla prolonge et précise sa conception de l’espace frontalier tel que défini dans Borderlands, en l’ouvrant à des dimensions spirituelles et psychiques.
    Pour comprendre la relation profonde qu’a toujours entretenu Gloria avec le monde de l’art, voir ses réflexions : « Border Arte » à la suite d‘une exposition sur les Aztèques, dans lesquelles le nepantla est de nouveau décrit et travaillé.
    Pour compléter :
    « Speaking in Tongues », Lettre aux femmes du Tiers-Monde, dans laquelle Gloria expose sa vision du féminisme depuis sa situation Chicana (entre autres). Texte incontournable aussi, extrait de This Bridge called my back…
    « Speaking across the Divide », retranscription de longs échanges avec son amie Inès Hernandez-Avila, très utiles pour comprendre sa relation à l’indigénéité et sa conception de l’art comme expérience du soin , comme travail de guérison (« Coyolxauhqui imperative »).

    Les textes que nous lirons ensemble sont disponibles en ligne, sous l’onglet « calendrier et séances », dans le carnet de recherche du collectif : https://ailleurs.hypotheses.org/gloria-anzaldua-7-12-2018

    Censier, salle 430
    13 rue Santeuil, Paris 5e (M° Censier-Daubenton)

  • Le mouvement zapatiste présenté par Suzanne Gasster
  • TIm Ingold et Philippe Descola présentés par Aline Bergé
  • La "question Rom" présentée par Catherine Coquio et Jean-Luc Poueyto
  • Epeli Hau’ofa, présenté par Christine Lorre
  • Stefano Harney et Fred Moten présentés par Rémi Astruc
  • Taban lo Liyong, présenté par Pierre Boizette
  • Maria Janion présentée par Sylvia Chassaing et Ninon Chavoz
  • Gilberto Freyre, présenté par Isabelle Launay
  • Ottmar Ette, présenté par Chloé Chaudet
  • Leanne Simpson et Linda Tuhiwai Smith (lecture croisée), présentées par Myriam Suchet
  • James Clifford, présenté par Laetitia Zecchini
  • Gyanendra Pandey, présenté par Anne Castaing
  • Joseph Tonda, présenté par Ninon Chavoz
  • Raymond Schwab présenté par Claire Gallien et Sarga Moussa
  • Keith Basso présenté par Elara Bertho
  • Walter Mignolo, présenté par Claire Gallien
  • Viveiros de Castro , présenté par Xavier Garnier
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