Romanesque et histoire du roman - Littérature et sciences

Organisateurs : Aude Leblond, Alain Schaffner

Séminaire de recherche dirigé par Alain Schaffner, organisé avec Aude Leblond et Marie Bonnot

le vendredi de 18h à 20h

Salle Max Milner
Université Sorbonne nouvelle – Paris 3
17 rue de la Sorbonne, Galerie Rolin, Escalier C – 2e étage, 75005 Paris
M° Luxembourg / Cluny-­‐La Sorbonne

Alors que l’interdisciplinarité paraît avoir plus que jamais le vent en poupe, le chercheur en littérature est pris entre l’exigence de la spécialisation et la nécessité de s’ouvrir à d’autres disciplines pour proposer des approches originales. Cette démarche qui irrigue toutes les sciences humaines semble émaner de l’impression partagée d’un épuisement de l’appareil critique, que permettrait de pallier la rencontre avec d’autres disciplines.

Pourtant, cette ouverture ne va pas sans mal. Bien souvent, le chercheur en littérature s’attache à reconstituer le contexte intellectuel des textes qu’il étudie pour en éclairer le sens. Il fait alors appel à l’histoire ou à la philosophie, par exemple, mais court le risque de réduire le texte au simple rang de symptôme ou de preuve. Si, à l’inverse, il subordonne sociologie ou psychanalyse à l’analyse littéraire, son propos rejoint au fond l’histoire des représentations (qui semble de plus en plus constituer un horizon commun à l’histoire et à la recherche littéraire). Le croisement disciplinaire se résout alors dans l’histoire littéraire.

En se libérant de l’impératif de cohérence historique, on peut imaginer des pratiques interdisciplinaires plus radicales. On présuppose que la littérature peut anticiper sur des conceptualisations qui ne seront formalisées qu’après par les sciences humaines. C’est par exemple une approche présente chez Pierre Bayard, qui assume joyeusement l’anachronisme. Mais ce discours se prête mal à la généralisation : le critique se trouve amené à rappeler que tout texte critique est une réécriture. Il devient alors non seulement possible, mais logique de produire des textes critiques “délirants” (puisqu’à la limite tout texte critique consiste à écrire du texte par-­‐dessus du texte). Mais n’est-­‐ce pas au détriment d’une certaine exigence de scientificité ? "

Le voyage des concepts, véritable « migration des schèmes cognitifs » telle que l’appelait de ses vœux Edgar Morin, se heurte ainsi à une certaine étanchéité des paradigmes, qui entrent en conflit plus qu’en collaboration. Alors que l’analyse littéraire s’est enrichie des apports des autres disciplines (comme par exemple, la sociologie qui a permis d’établir une pragmatique des textes), on aimerait penser qu’elle peut enrichir en retour les concepts qu’elle emprunte.

Ces considérations, finalement assez abstraites, pourraient faire imaginer un croisement disciplinaire dans l’absolu et sans objet précis. En replaçant ce dernier au centre de sa démarche, la voie de l’« indiscipline » entend sortir des logiques de spécialisation pour poser l’objet avant les méthodes d’investigation. Il s’agit de développer une recherche engagée, pleinement consciente de son sens, de ses moyens, de ses démarches et qui se donne pour but non seulement la connaissance mais la production de modèles de compréhension susceptibles de modifier regard et attitude.

Ce séminaire voudrait réfléchir sur les pratiques et méthodes employées actuellement par les membres de l’équipe « Métamorphoses de la fiction », qui sont nombreux à croiser la littérature avec les sciences humaines mais aussi avec les sciences du vivant ou encore le numérique. En partant du principe que chaque relation interdisciplinaire est à construire, nous examinerons divers cas de rencontre disciplinaire faisant intervenir la littérature en nous attachant à faire émerger les difficultés mais aussi les dernières avancées scientifiques permises par ces convergences. À partir de nos expériences, nous voudrions parvenir à conscientiser nos choix et rendre compte de nos partis pris.