Actes du workshop « Apprentissage en Réseau et Auto-régulation » (ApRA 2013) Direction d’ouvrage - Mai 2013

Elise Lavoué, Stéphanie Mailles-Viard Metz (dir.)

Elise Lavoué, Stéphanie Mailles-Viard Metz (dir.), Actes du workshop « Apprentissage en Réseau et Auto-régulation » (ApRA 2013) , Toulouse : IRIT Press 2013, 2013, p. 45

Résumé

Grâce à l’évolution du Web, les acteurs de l’apprentissage (apprenants, enseignants et concepteurs) ont accès à des plateformes éducatives sociales de plus en plus perfectionnées et complexes. Après la mise en place des Campus et Universités Numériques, le mouvement actuel des MOOCs (“Massive Open Online Courses”) ouvre la voie vers de nouvelles situations d’apprentissage humain, tant dans l’utilisation des outils que dans le positionnement des acteurs. En effet, le savoir est « à la carte ». Les ressources, même si elles sont de grande qualité, sont centralisées sur des plateformes, selon des logiques variées, avec un accompagnement plus ou moins régulier adossé à des outils de communication divers, et avec parfois une certification. L’environnement numérique est dynamique, il ne vit que grâce aux interactions entre les acteurs dans les réseaux qui se constituent formellement ou informellement, mais il est aussi constitué d’outils et de ressources que chacun doit s’approprier en fonction de ses objectifs. Dans cet esprit, l’enseignant peut s’investir beaucoup dans la production de ressources, voire d’un parcours pédagogique, et ne pas intervenir comme accompagnant dans le processus d’apprentissage de l’apprenant. Ainsi, plus que jamais, l’apprenant se doit d’être le principal acteur - volontaire, engagé et autonome – de son apprentissage. Il appartient à plusieurs réseaux sociaux d’apprenants, il doit identifier lui-même ses atouts et faiblesses, ses intérêts, ses motivations. Il conduit et participe donc à des activités (individuelles et collectives) pour lesquelles il n’est pas nécessairement préparé et formé. Une grande passivité, un manque de présence sur les réseaux peut avoir des conséquences importantes sur ses apprentissages. Ce type d’environnements éducatifs suscite tout particulièrement la collaboration et l’entraide entre apprenants afin de maintenir la motivation et de combler le manque de présence physique d’un enseignant ou tuteur pour appréhender les ressources disponibles. La communication et l’apprentissage en réseau ne se font pas naturellement, l’apprenant doit trouver sa place en tant qu’individu au sein de différents collectifs (l’environnement social global et les sous-groupes de travail dans lesquels il est engagé). Pour être efficace, il doit être capable de s’auto-évaluer, analyser ses réflexions, planifier son travail, etc. Il est donc amené à travailler sur ses capacités métacognitives, conduire une pratique réflexive et d’autorégulation. Ce travail individuel peut être supporté par l’utilisation d’environnements personnels d’apprentissage (Personal Learning Environment) qui proposent des espaces et des outils de stockage, de partage, de gestion des tâches ... et permettent de personnaliser son activité. Dans ce contexte d’apprentissage en réseau, se mêlent donc différentes dimensions, les sphères publiques et privées qui interagissent et ont des effets sur la construction de l’identité numérique de l’apprenant. Ce positionnement montre l’intérêt d’une réflexion et d’une interaction entre plusieurs disciplines : des sciences de l’éducation à l’informatique en passant par la psychologie, la sociologie, l’information et la communication, les sciences du langage et les sciences cognitives. L’atelier ApRA (« Apprentissage en Réseau et Auto-régulation ») a pour objectif de réunir des chercheurs issus de ces différentes disciplines afin de croiser les regards, recenser les recherches sur cette thématique, élaborer des pistes de réflexion pour mettre en place des études pluridisciplinaires (observatoire de pratiques, préconisations dans les conceptions) et enfin initier des projets de recherche et publications. L’appel à communication s’est voulu assez large autour de la thématique de l’atelier, en posant les questions suivantes : – Quels outils pour quelles activités métacognitives et/ou d’auto-régulation en apprentissage en réseau ? – Comment des outils de communication, de partage (blog, e-portfolio, ...), de production (éditeur de textes, tableau blanc, cartes mentales ...), de gestion de la tâche (LMS, PLE, ...) peuvent accompagner (former à) l’auto-régulation (réflexivité, planification, auto-évaluation, auto-efficacité, créativité, ...) ? – Quelle place pour les environnements personnels d’apprentissage (Personal Learning Environments ou PLE) dans ce contexte d’apprentissage en réseau ? Quelle(s) utilité(s) ? – Quelle gestion de l’identité numérique au sein des réseaux d’apprentissage : processus de construction, présentation de soi ? – Quels scénarios pédagogiques pour apprendre à être autonome dans ce contexte ? Nous avons reçu quatre soumissions, qui ont toutes été retenues pour communication et publication dans les actes de l’atelier. Dans leur article, Laurence Gagnière et Gaëlle Molinari proposent un scénario pédagogique, soutenu par l’utilisation d’un eportfolio, pour apprendre à des étudiants engagés dans une formation à distance à développer des compétences réflexives et d’auto-régulation. Elles mettent en perspective l’étude des régulations sociales qui émergent dans de telles situations entre l’apprenant et ses pairs et entre l’apprenant et l’enseignant. Mathieu Loiseau propose une analyse des usages de la section « culture » de Livemocha, une communauté informelle d’apprentissage des langues. A partir de principes de la didactique des langues, l’auteur analyse les traces d’activité pour montrer que les fonctionnalités de la section culture de Livemocha ne fournissent a priori pas un contexte favorisant directement l’acquisition d’une langue. A partir de cette analyse, l’auteur propose de nouvelles fonctionnalités dites « sociales » pour favoriser l’adoption de Livemocha et la participation. Il conclut par la limitation actuelle des plates-formes communautaires : elles ne permettent pas d’accéder aux données de façon formelle, et de faire de l’utilisateur l’objet central de l’analyse plutôt que comme variable des objets observés. L’article de Catherine Loisy présente une étude sur l’utilisation de blogs collaboratifs afin de susciter une démarche réflexive des enseignants sur leurs pratiques pédagogiques et ainsi développer des compétences professionnelles. L’auteur montre comment les enseignants intègrent progressivement le numérique dans leurs pratiques, mettent en place une régulation de leur activité professionnelle, et s’orientent vers une forme de « présence numérique ». Cette étude sera complétée, dans le cadre du projet INO (« Identité numérique et orientation ») par une analyse systématique des liens entre les blogs collaboratifs des enseignants et ceux des élèves, afin d’étudier le développement des compétences numériques des uns et des autres. Enfin, Chrysta Pélissier présente le résultat d’une expérience liée à l’utilisation d’un réseau social numérique dédié à l’éducation, le réseau Beebac d’Unisciel, intégré à un dispositif de formation hybride en cours d’informatique en IUT. L’auteur montre comment ce réseau peut constituer, à travers les fonctionnalités qu’il propose, une aide à l’apprentissage. Nous retenons principalement de cette étude le besoin pour les étudiants de personnalisation de l’environnement, notamment l’annotation personnelle des supports, et la possibilité de les organiser individuellement par exemple à l’aide de carte mentale. Ainsi, les soumissions proviennent de deux disciplines : les sciences du langage et la psychologie. Nous ne pouvons que regretter que des chercheurs d’autres disciplines comme l’informatique, les sciences de l’éducation, ou de l’information et de la communication ne se soient pas emparés de cette thématique. Elles seront néanmoins représentées par les membres du comité scientifique, issus de diverses disciplines, qui seront appelés à discuter lors de la table ronde de l’atelier. Du fait notamment de l’absence de contribution en informatique, les environnements proposés ne sont pas nouveaux, mais les pratiques mises en place autour de ces environnements sont en évolution vers une autonomisation des apprenants et enseignants à partir d’une démarche réflexive et d’auto-régulation. Le regard critique porté sur les environnements existants promet des débats intéressants lors de l’atelier et l’émergence d’idées pour la conception de nouveaux environnements support à l’apprentissage en réseau.

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