Alésia : l’instrumentalisation actuelle d’une prétendue controverse, entre mythe national et théorie du complot Article - 2019

Jonhattan Vidal, Christophe Petit

Jonhattan Vidal, Christophe Petit, « Alésia : l’instrumentalisation actuelle d’une prétendue controverse, entre mythe national et théorie du complot  », Revue canadienne de bioéthique / Canadian Journal of Bioethics, 2019, pp. 66 - 78. ISSN 2561-4665

Le siège d’Alésia, épisode majeur de la guerre des Gaules, voit en 52 av. n. è. la coalition gauloise rassemblée autour de Vercingétorix échouer à repousser l’armée romaine menée par César. Il y a une forte dichotomie entre la place importante que prend cet épisode dans la construction du mythe national français et la brièveté du siège, avec le peu de traces archéologiques visibles et intelligibles du grand public que laisse ce type d’événement. Ces aspects ont contribué à ce qu’au XIXe siècle la question de la localisation du siège d’Alésia fasse débat. Cette controverse est sortie du champ scientifique au gré d’un siècle et demi de recherches de terrain qui ont mis au jour les vestiges de cet épisode à Alise-Sainte-Reine. Toutefois, des localisations alternatives du site sont toujours défendues et cette pseudo-controverse trouve un écho médiatique inespéré au regard de la faiblesse des arguments évoqués. On s’interroge ici sur les questions éthiques que soulèvent de telles présentations médiatiques de sujets archéologiques, lorsqu’elles soumettent une question scientifique à des considérations mercantiles. En effet, ces théories cherchent à coller au mythe, notamment en faisant correspondre un site à une idée préconçue. Elles se nourrissent également des ingrédients d’une théorie du complot : soit par déduction, car si ces localisations manquent de preuves, c’est donc que ces dernières sont cachées par les archéologues ; soit comme point de départ, par défiance envers le discours scientifique désigné comme « l’histoire officielle ». Se pose également une question éthique pour le chercheur sur l’attitude à avoir face à ces situations.

The siege of Alesia, a major episode of the Gallic wars, in 52 BC saw the Gallic coalition gathered around Vercingetorix fail to repel the Roman army led by Caesar. There is a strong dichotomy between the important place that this episode plays in the construction of the French national myth and the brevity of the siege, with the few visible and intelligible archaeological traces left by this type of event for the general public. These aspects contributed to the debate in the 19th century on the location of Alesia’s headquarters. This controversy emerged from the scientific field over the course of a century and a half of field research that had brought to light the remains of this episode in Alise-Sainte-Reine. However, alternative locations of the site are still being defended and this pseudo-controversy continues to receive unexpected media coverage in view of the weakness of the arguments put forward. This raises questions about the ethical issues raised by such media presentations of archaeological subjects, when they submit a scientific question to commercial considerations. Indeed, these theories seek to stick to the myth, in particular by matching a site to a preconceived idea. They also feed on the ingredients of a conspiracy theory : either by deduction, because if these locations lack evidence, it is because they are hidden by archaeologists ; or as a starting point, out of mistrust of the scientific discourse referred to as "official history". There is also an ethical question for the researcher about how to deal with these situations.

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