De la notation musicale à la transcription de la prosodie : Description de la prosodie du français du XVIe au début du XXe siècle Article - 2016

Claudia Schweitzer, Christelle Dodane

Claudia Schweitzer, Christelle Dodane, « De la notation musicale à la transcription de la prosodie : Description de la prosodie du français du XVIe au début du XXe siècle  », SHS Web of Conferences, numéro spécial SHS Web of Conferences, 2016 5e Congrès Mondial de Linguistique Française, 2016. ISSN 2261-2424. 〈http://www.linguistiquefrancaise.org/articles/shsconf/abs/2016/05/shsconf_cmlf2016_09001/shsconf_cmlf2016_09001.html〉

L’existence de liens étroits entre musique et prosodie a poussé certains grammairiens à parler d’éléments musicaux pour désigner le rythme, l’accentuation et l’intonation de l’oral, ou encore, à avoir recours à la transcription musicale pour mieux représenter et décrire ces phénomènes. Dans la production de la parole, leur manifestation concrète est associée à l’évolution temporelle de la fréquence fondamentale, la durée et l’intensité. Ces variations sont perçues comme des changements de hauteur, de longueur et de sonie, que l’on retrouve également dans la musique. Il n’est donc guère étonnant que le vocabulaire utilisé pour décrire la langue parlée ou la musique se ressemble autant. L’Encyclopédie explique clairement que du rythme « naissent le nombre & l’harmonie dans l’éloquence, la mesure & la cadence dans la poésie », tandis qu’en musique, « le rythme s’applique à la valeur des notes, & s’appelle aujourd’hui mesure ». Si nous étudions de plus près l’évolution de la transcription de la prosodie française entre le XVIe et le début du XXe, il est possible de dégager quatre grandes tendances. Au XVIe, les grammairiens se focalisent sur le fonctionnement des mots en contexte, au sein des différentes unités syntaxiques (Meigret, XVIe). Au XVIIe, des auteurs comme le grammairien Vairasse d’Allais ou le musicien Bacilly vont plutôt se focaliser sur un seul élément, la quantité, qu’ils utilisent pour parler du rythme, en travaillant notamment au niveau de la syllabe. Au XVIIIe, les Lumières cherchent à décrire et à expliquer avec précision le fonctionnement de la langue et de la musique, mais ils se heurtant au manque d’instrumentation. Ce manque sera comblé au début du XXe par les phonéticiens expérimentalistes (Rousselot, Roudet). Ces auteurs ont recours à la transcription musicale pour décrire avec une extrême précision l’évolution de la hauteur, de la durée et de l’intensité en utilisant une véritable partition, mais en négligeant toutefois les variations réellement pertinentes pour l’oreille. Dans l’ensemble, nous pouvons dégager un mouvement partant d’une description plutôt globale pour aboutir à une transcription extrêmement précise de la prosodie. En outre, chaque auteur, en fonction de son domaine, apporte des connaissances et un regard spécifiques. Dans cette communication, nous nous proposons donc d’analyser les apports de cette approche dans l’évolution de la description de la prosodie de la langue française.

The existence of close links between music and prosody led some grammarians to use the expression of “musical elements” to designate rhythm, stress and intonation, or even to use musical transcription to better represent and describe this phenomenon. In speech production, their concrete manifestation is associated with the temporal evolution of the acoustic parameters of fundamental frequency, duration and intensity. These variations are perceived as changes in height, length and loudness, as this is the case in music. It is therefore not surprising that the vocabulary used to describe spoken language and music is quite similar. The Encyclopedia clearly explains that from rhythm emerge number and harmony in eloquence, measure and cadence in poesy, whereas that in music, rhythm applies to the values of notes, and is called today measure. If we examine more closely the evolution of the prosodic transcription of French between the sixteenth and the beginning of twentieth century’s, we shall identify four major trends. In the sixteenth, grammarians focalized on the functioning of words in context, within various syntactic units (Meigret, XVIe). In the seventeenth, authors like the grammarian Vairasse d’Allais or the musician Bacilly rather focalized on quantity, which they used to describe rhythm, working on the level of syllable. In the eighteenth, “the Lumières” searched to describe and explain precisely the functioning of language and music, but had to face with the lack of instrumentation. This lack will be filled in the beginning of the twentieth century by experimentalists like Rousselot and Roudet. Indeed, these authors used musical transcription to describe, with an extreme precision, the evolution of height, duration and intensity using a proper musical score, but neglecting in the same time that some of those changes are not relevant for the ear. Overall, we identified a movement beginning from a more global description and achieving a highly accurate transcription of prosody. Moreover, each author, according to his field, brings specific knowledge and view. In this paper, we propose to analyze the contributions of this approach in the evolution of the description of French prosody.

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