Des femmes violentes devant les justices municipales en France du nord à la fin du Moyen Âge : questions de genre et questions de sources. Étude comparée du Registre aux calenges du bailli d’Arras et du Livre rouge de l’échevinage d’Abbeville Chapitre d’ouvrage - 2021

Romain Telliez

Romain Telliez, « Des femmes violentes devant les justices municipales en France du nord à la fin du Moyen Âge : questions de genre et questions de sources. Étude comparée du Registre aux calenges du bailli d’Arras et du Livre rouge de l’échevinage d’Abbeville  », in Pascal Hepner et Martine Valdher, (ed.), La Femme devant ses juges, de la fin du Moyen Âge au XXe siècle,, 2021, p. 179-193

Résumé

Pour le médiéviste, l’étude des violences féminines se heurte à la rareté de la documentation. Les raisons en sont doubles : d’une part les femmes sont très minoritaires parmi les délinquants et criminels poursuivis par les tribunaux, d’autre part les cas de violences sont rares parmi les procès de femmes, où le vol constitue de loin l’incrimination la plus fréquente. Aux interrogations d’ordre générique ou sociologique s’ajoute le besoin de comprendre ce que notre vision de la criminalité féminine doit aux effets de sources, c’est-à-dire à la manière dont les institutions judiciaires l’enregistrent. On s’appuiera ici sur deux documents inédits, comparables par certains aspects et dissemblables par d’autres : le Registre aux calenges du bailli d’Arras, qui répertorie quelque 170 affaires criminelles entre 1362 et 1376, et le Livre rouge de l’échevinage d’Abbeville, où est consigné un gros millier d’affaires criminelles réparties sur les deux derniers siècles du Moyen Âge mais dont la plupart date de la deuxième moitié du XIVe siècle. Les deux villes sont voisines et comparables par leur importance, si ce n’est par leurs institutions. Le Registre aux calenges d’Arras a gardé mémoire d’une bonne trentaine de femmes poursuivies, dont une dizaine pour faits de violences ; le Livre rouge d’Abbeville en répertorie une soixantaine, dont une vingtaine pour violences. Les deux palettes d’exemples offrent une image assez similaire de ces violences féminines, qui sont le plus souvent homicides et commises contre des hommes et/ou en compagnie masculine, si l’on excepte ces cas particuliers que sont le suicide et l’infanticide. En revanche, le Registre aux calenges et le Livre rouge donnent deux images très différentes de la répression des violences féminines, apparemment impitoyable à Abbeville, beaucoup plus circonstanciée à Arras. Comment expliquer ces divergences ? Ne tiennent-elles pas surtout à la visée différente de ces deux sources documentaires et à la manière différente dont leur contenu a été pensé ?

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