Introduction Chapitre d’ouvrage - 2017

Béatrice Fracchiolla

Béatrice Fracchiolla, « Introduction  », in Thomas Cepitelli, Thierno Ibrahima Dia, Daniela Ricci (eds.), Arts, négritudes et métamorphoses identitaires, 2017, pp. 21-29. ISBN 978-2-343-10990-9. 〈https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=52355〉

Cet ouvrage fait suite à une journée organisée par Daniela Ricci le 23 octobre 2013 sur La construction et les représentations identitaires, grâce au soutien de la Maison des sciences de l’Homme Paris Nord. Comme son nom l’indique, il ne s’agit pas d’interroger-à nouveau, pourrions-nous dire-sur la construction des représentations identitaires, mais bien sur la construction et les représentations identitaires. Ce petit mot, liant change tout, et situe l’ensemble du projet dans une perspective novatrice et créatrice, centrée sur un tissage entre l’observable qu’est la construction : ce que l’on peut poser comme visible, l’étant, le « là », représentatif de quelque chose et, parallèlement, ce qui est donné à voir comme représentations identitaires. Pour reprendre la métaphore bien connue de l’iceberg, le travail de recherche mené ici par les contributeurs est de travailler sur ce qui, à la surface de l’eau, fait le lien, constitue comme matière unie, le visible en surface et le caché en immersion, mais constitutif d’un fondement, structure et fondation, de ce qui apparaît, en surface. Néanmoins, rien, a priori, dans cette partie flottante, ne permet d’en définir précisément les formes dans sa partie immergée : pour savoir cela, il faudra plonger-et explorer l’ensemble du bloc. C’est de cette manière, « en plongeant », que chaque contributeur a ici cherché à mettre en évidence la manière dont les deux parties peuvent fonctionner ensemble-et non pas, nécessairement la manière dont elles seraient ensemble constitutives d’un même objet. Ce qui est ici à l’étude est en effet, d’une certaine manière, l’écologie de phénomènes de co-dépendance, au sens où ces phénomènes varient selon le lieu, l’époque, le médium ; au sens où ils sont circonstanciels, ’ensemble’, et que c’est cela qui fait leur richesse. Symbole de ce lien entre visible et invisible, discours apparents et discours implicites, les auteurs de cet ouvrage ont ainsi choisi de se pencher sur le cinéma et ce qu’il reflète, signifie, restitue, reconstruit, exemplifie, transcende aussi parfois de la réalité, du quotidien et des stéréotypes. L’ouvrage commence ainsi avec deux perspectives sur la construction identitaire. Le premier texte de Sylvie Dallet introduit sur le plan théorique l’ensemble des textes qui vont suivre en questionnant le cinéma et la vidéo comme techniques à la fois créatives et participantes à la construction d’identités, voire technique de création d’identités nouvelles. Chaque personne est unique par son origine et son parcours et cette diversité fondamentale façonne « l’aura » qui corrèle l’homme à l’oeuvre (Benjamin). L’artiste exprime ce langage silencieux, par des formes visibles qui traduisent des corrélations invisibles du ballet essentiel de l’intime et du monde extérieur. Cette émergence des formes correspond toujours à des lieux de création, des vagabondages qui enrichissent les perceptions premières. Le lieu conditionne le développement de l’oeuvre, une condition que les cinéastes ont traduit par la notion de « repérages ». L’idée est ainsi dès le début posée d’une « relation au monde qui se réinstaure au travers du « pouvoir créateur de la machine » », ainsi qu’à la création/recréation d’identités à travers les sons qui à considérer tous sur le même plan en tant que constitutifs d’identité-au sens où tous les sons participent à la construction des identités individuelles et collectives. Les sons retenus, écoutés, ne sont plus juste musicaux, mais de toute sorte, du crissement de pneu à la symphonie, tous, comme « sons », se valent. Le dramaturge Ibsen offre au travers de Peer Gynt (1876) une réflexion sur l’identité qui reprend la métaphore de l’oignon : celle-ci réside peut-être plus dans l’accumulation des pelures successives plutôt que dans la recherche d’un impossible noyau. Les imaginaires restent en matière d’identité de bons conducteurs, luttant contre nos excès par l’humour et la diversité des choses. Amzat Boukari-Yabara se penche, à partir d’une expérience personnelle de cinq mois en Israël, sur ce qu’être noir d’origine africaine implique dans le contexte israëlo palestinien et nous invite à comprendre les nombreux enjeux politiques, territoriaux, religieux, mais aussi imaginaires qui émaillent le fait d’être noir en Israël.

This book follows a day organized by Daniela Ricci on October 23, 2013 on Construction and identity representations, thanks to the support of the Maison des sciences de l’Homme Paris Nord. As the name suggests, it is not a question of questioning - again, we might say - the construction of identity representations, but rather the construction and representations of identity. This little word, binding changes everything, and places the whole project in an innovative and creative perspective, centered on a weaving between the observable that is construction : what we can pose as visible, being the "there", representative of something and, at the same time, what is shown as identity representations. To use the well-known metaphor of the iceberg, the research work carried out here by the contributors is to work on what, on the surface of the water, makes the link, constitutes as united matter, the visible on the surface and the hidden in immersion, but constitutive of a foundation, structure and foundation, of what appears, on the surface. However, nothing, a priori, in this floating part, allows to precisely define the forms in its submerged part : to know this, it will be necessary to dive-and explore the whole block. It is in this way, "by diving", that each contributor has sought here to highlight the way in which the two parts can work together - and not necessarily, the way in which they would be together constituting the same object. What is under study here is, in a way, the ecology of co-dependency phenomena, in the sense that these phenomena vary according to place, time, medium ; in the sense that they are circumstantial, ’together’, and that this is what makes their wealth. Symbol of this link between visible and invisible, apparent speeches and implicit speeches, the authors of this work have thus chosen to focus on cinema and what it reflects, means, restores, reconstructs, exemplifies, sometimes also transcends reality , everyday life and stereotypes. The work thus begins with two perspectives on identity building. Sylvie Dallet’s first text introduces on a theoretical level all the texts which will follow by questioning cinema and video as techniques that are both creative and participating in the construction of identities, even a technique for creating new identities. Each person is unique by their origin and their course and this fundamental diversity shapes the “aura” which correlates the man to the work (Benjamin). The artist expresses this silent language, through visible forms which translate invisible correlations of the essential ballet of the intimate and the outside world. This emergence of forms always corresponds to places of creation, vagabondages which enrich the first perceptions. The place conditions the development of the work, a condition that the filmmakers have translated by the notion of "locations". The idea is thus posed from the start of a "relation to the world which is reestablished through the" creative power of the machine "", as well as to the creation / re-creation of identities through the sounds which to consider all on the same level as constitutive of identity - in the sense that all sounds participate in the construction of individual and collective identities. The sounds retained, listened to, are no longer just musical, but of all kinds, from the screeching of the tire to the symphony, all, like "sounds", are equal. The playwright Ibsen offers through Peer Gynt (1876) a reflection on identity which takes up the metaphor of onion : this perhaps lies more in the accumulation of successive peels rather than in the search for a impossible nucleus. Imaginations remain in terms of the identity of good drivers, fighting against our excesses with humor and the diversity of things. Amzat Boukari-Yabara examines, from a personal experience of five months in Israel, what being black of African origin implies in the Israeli-Palestinian context and invites us to understand the many political, territorial, religious stakes, but also imaginary that are enamelled with being black in Israel.

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