Maurras stylisticien nationaliste : entre positionnement littéraire et stratégie politique Chapitre d’ouvrage - 2019

Vincent Berthelier

Vincent Berthelier, « Maurras stylisticien nationaliste : entre positionnement littéraire et stratégie politique  », in Le Nationalisme en littérature, 2019

Résumé

Je me propose de présenter au cours de cette communication la conception du style littéraire développée par l’une des figures centrales du nationalisme français, récemment exhumée par la polémique, quoique peu lu ou étudié en dehors du cercle de ses adeptes ou des historiens spécialisés, à savoir Charles Maurras. Sur le rapport de Maurras à la littérature, l’article d’Antoine Compagnon, « Maurras critique littéraire », propose l’hypothèse d’un Maurras romantique malgré lui 1. Cette hypothèse est certes confirmée par la correspondance que Maurras entretient avec son maître l’abbé Penon, dans laquelle on voit le jeune Maurras s’enthousiasmer pour certains auteurs modernes (Baudelaire, Verlaine), contrairement aux recommandations de l’abbé. Pour autant, et aussi alléchante que soit l’hypothèse paradoxale de Compagnon, force est de constater que dès les premières copies rendues par Maurras, celui-ci fait montre d’un goût, tout scolaire, pour le classicisme (qui va chez lui de Ronsard à Chénier). L’influence de l’abbé aidant, et les idées politiques de Maurras se structurant, ce goût classique s’accompagne ensuite très vite d’une condamnation du romantisme (qui inclut le Parnasse, le symbolisme et le décadentisme). Dans sa synthèse sur L’Action française et la vie littéraire, Paul Renard réfute également la doxa sur la critique littéraire du journal, supposée éclectique et novatrice malgré la ligne traditionaliste, classique et réactionnaire, et il soutient qu’il y a au contraire une homologie entre les positions politiques et les positions littéraires du journal, homologie qui est d’autant plus forte pour Maurras (un peu moins pour Daudet ou Brasillach). Vu la plasticité des notions de classicisme et de romantisme en elles-mêmes, et la plasticité encore plus grande de l’usage qu’en fait Maurras, il faut voir par les textes eux-mêmes quels sont les critères esthétiques qu’il mobilise, et particulièrement les critères stylistiques. Je me livrerai donc à une étude des préférences affichées de Maurras en matière de style, et je tâcherai de montrer selon quelles modalités la conception maurrassienne du style s’articule à son nationalisme, c’est-à-dire globalement à la confection d’une identité nationale unie, à la primauté culturelle de la France, et à la primauté des intérêts nationaux sur les intérêts des individus. Le corpus concerné comprend bien sûr les brochures et textes plus longs qui sont pour la plupart repris dans le tome III des OEuvres capitales, mais aussi les articles que Maurras a écrit pour la Revue encyclopédique Larousse, La Gazette de France, L’Action française et quelques autres, jusqu’au début des années 1920. Le système de Maurras évoluant assez peu, sauf peut-être en ce qu’il accorde une place croissante à la politique, surtout après la Grande Guerre, il nous semble acceptable de livrer une étude synthétique valant pour l’ensemble de son oeuvre.

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