Originaux, traductions et langue neutre : pistes pour une théorie de la traduction-relais au xviiie siècle Article - Mars 2017

Dimitri Garncarzyk

Dimitri Garncarzyk, « Originaux, traductions et langue neutre : pistes pour une théorie de la traduction-relais au xviiie siècle  », Trans : Revue de Littérature Générale et Comparée, mars 2017. ISSN 1778-3887. 〈https://journals.openedition.org/trans/1693〉

Cette étude explore quelques pistes pour formuler une théorie de la traduction-relais au xviiie siècle, époque où ce type de traduction est aussi fréquent que (en apparence du moins) peu théorisé. Ces pistes sont au nombre de trois. D’abord, on s’attache à la Querelle d’Homère qui, au tout début du siècle, oppose la philologue Anne Dacier (tenante d’une traduction « fidèle ») à l’académicien Antoine Houdar de La Motte, qui retraduit Homère en l’actualisant radicalement, avec le travail d’Anne Dacier pour relais. Ce faisant, il théorise sa propre « ignorance du grec », suscitant ainsi le scandale. On étudiera ensuite les péritextes de quelques traductions par relais dans la Pologne du xviiie siècle, où loin d’être scandaleuse, la pratique du relais est affichée, voire parfois valorisée. Pour expliciter les liens qui unissent ces différents discours, on lira enfin de près les écrits traductologiques de Charles Batteux qui, entre Anciens et Modernes, développe une théorie sensualiste du langage qui fait du texte original une copie d’un texte idéel : celui qu’a pensé l’auteur. S’il n’existe pas de théorie explicite de la traduction-relais au siècle des Lumières, c’est peut-être, en définitive, parce qu’elle n’est pas un problème, ou au moins que le problème ne se pose pas dans les mêmes termes qu’aujourd’hui.

This paper explores three avenues into a possible theory of relay translation in the 18th century, when such practices were both common and (seemingly) little theorised. The first avenue is the Homeric Quarrel which raged in early 18th century France between philologist Anne Dacier, author of a « faithful » translation of Homer’s Iliad, and poet Antoine Houdar de La Motte, who proposed his own (much altered) version of the same poem, which he had to « re-translate » from Dacier’s French, since he himself had no knowledge of Greek. His advocacy of his own ignorance aroused a scandal and is a perfect example of relay translation as a controversial practice. A second avenue will be the study of title pages and prefaces to 18th century Polish translations of English or Spanish works, relayed through the French ; now the practice of relay translation is both manifest and uncontested, and re-translations may at times supersede their originals. A third avenue of inquiry will then be a close reading of philologist and Belles-Lettres teacher Charles Batteux’s theoretical writings on translation. There, poetics meet with the most recent developments of the philosophy of the mind (namely French sensualisme) : all texts are, essentially, translations of an original whose nature is not linguistic, but mental. This may be why the practice is so little theorized : because, in the philosophical climate of the Age of Enlightenment, it was just not perceived as a problem, though nowadays it may.

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