La chaîne de l’esclavage dans les "Lettres persanes Chapitre d’ouvrage - 2010

Sarga Moussa

Sarga Moussa, « La chaîne de l’esclavage dans les "Lettres persanes  », in Littérature et esclavage (XVIIIe-XIXe siècle), 2010, pp. 50-60

Résumé

Avant même d’être traité comme sujet à part entière dans l’Esprit des lois (1748), où il fait l’objet d’une critique connue (en particulier au chapitre 5 du livre XV), l’esclavage, réel ou métaphorique, apparaît comme l’un des fils rouges des Lettres persanes (1721). Les rapports de domination entre les différents protagonistes, mais aussi les renversements hiérarchiques, sont présents dès la deuxième lettre : " Tu leur commandes, et leur obéis ", écrit Usbek au premier eunuque noir, à propos des femmes du sérail ; " tu les sers comme l’esclave de leurs esclaves. Mais, par un retour d’empire, tu commandes en maître comme moi-même, quand tu crains le relâchement des lois de la pudeur et de la modestie. " Tout se tient, et tous se tiennent, donc, comme s’ils étaient liés par une " chaîne secrète ". Il n’est pas interdit d’entendre aussi, dans cette métaphore de la chaîne, d’habitude interprétée en un autre sens, tout le champ sémantique de la contrainte et de l’emprisonnement : les fers de l’esclave ne sont pas loin... Si le mot esclavage est très rare dans les Lettres persanes (on trouve en revanche plus fréquemment servitude, associé à des personnes et à des peuples), le terme d’esclave apparaît à 56 reprises soit, en moyenne, une fois toutes les trois lettres. La grande question des Lumières, celle de la liberté, est ici centrale, traitée de manière particulièrement virtuose, à travers une multiplicité de points de vue, qui se traduisent par un va-et-vient entre Orient et Occident, entre hommes et femmes, entre maîtres et esclaves, sans que les relations de pouvoir qui s’établissent soient jamais totalement stables. Si les eunuques sont définitivement des êtres diminués, si les esclaves ne sont pas libérés, et si les épouses restent enfermées dans le harem, ces hommes et ces femmes prennent la parole, et disent parfois l’injustice de leur situation, - c’est là, sans doute, l’une des grandes nouveautés qu’introduit Montesquieu, et qu’on ne saurait sous-estimer.

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